1er Chapitre : Les malheurs continuent...

1er Chapitre : Les malheurs continuent...
Un nouvel établissement pour une nouvelle vie ! Voilà ce à quoi je pensais lorsque j'ai enfin franchi la porte du lycée. Tout de suite, des milliers de sensations m'ont submergée et j'ai craint de retomber dans la même galère qu'au collège. C'était un autre univers qui s'ouvrait à moi. Et malgré ma peur, je fis vite soulagée de constater que les gens n'étaient plus aussi moqueurs. On me laissait tranquille, c'était tout ce que je voulais ! Ou du moins, la première chose que je voulais. J'avais effectivement l'intention d'évoluer avec les autres et après les avoir habitués à ma présence, je pourrais peut-être faire leur connaissance. Prétention idiote ! Il ne faut certainement pas leur laisser le temps de se familiariser avec leur nouvel environnement, au contraire, c'est comme ça qu'il vous tueront plus vite ! Quoi qu'on dise, toute la période scolaire se déroule dans la jungle où chacun doit trouver sa position hiérarchique. Et sans habileté, on a vite fait de se retrouver tout en bas de l'échelle et ensuite, impossible de remonter ! Certes, il n'y a pas que de mauvais côtés, parce qu'au lycée, on a davantage de liberté ! L'indépendance des jeunes par rapport à leurs parents leur permet justement de développer une forme de contre-attaque pour tenter d'être mieux placé dans le classement. Naïve, je n'avais pas du tout pigé le truc. Je n'ai donc même pas imaginé pouvoir m'enfoncer de plus en plus au fur et à mesure des jours. Je ne remarquai même pas que les relations mixtes se nouaient à toute allure et que tout m'échappait petit à petit. Martine m'évita d'être complètement désemparée, mais elle était jolie, fraîche et mince. J'avais beau être sa meilleure amie, je restais dans son ombre. Oh ! Je n'allais certainement pas m'en plaindre : je pouvais fréquenter les personnalités les plus populaires du lycée, surtout les plus beaux garçons. Particulièrement David Gauthier, le magnifique basketteur avec qui toutes les filles voulaient sortir. Je l'admirais dans l'obscurité, sans rien dire. J'avais déjà compris que je ne faisais pas partie du bon cercle pour me permettre d'espérer un seul de ses regards. Martine, elle, l'aimait bien, le trouvait gentil, mais plutôt stupide. D'un côté, j'étais d'accord avec elle, mais d'un autre, je ne voulais pas vraiment l'admettre. J'estimais que ma vie avait déjà bien changé avec la venue de Martine pour qu'elle ne se transforme encore, alors ce n'était pas la peine de m'interdire de rêver de lui.

Seulement, peu de temps après, les sévices des autres recommencèrent. Je redevenais progressivement la tête de turc de tout le monde. Une des filles qui s'agglutinaient à David la plupart du temps, une certaine Léontine Charlon, était folle de jalousie, parce que Martine avait plus de succès qu'elle. Or, elle apprit je ne sais comment que j'appréciais également beaucoup son cher David. Elle me fit donc parvenir un faux mot de David qui m'invitait soi-disant à boire dans un café près du lycée après les cours. J'étais si heureuse d'avoir un rendez-vous ! Le coup était en fait monté pour que je me retrouve seule à attendre que personne n'arrive. Je pleurais toute la nuit, tant j'étais triste d'être maltraitée. J'en voulais à la terre entière et je haïssais encore plus David. Le lendemain, décidée à ne pas me laisser traiter ainsi, gouvernée par une puissante rage, je suis allée le voir et je l'ai insulté tant que j'ai pu. Il était si surpris par mon comportement que je m'énervai encore davantage ! Troublé, il s'éloigna sans dire le moindre mot, me laissant seule avec ma peine. C'est alors que je remarquai Léontine et sa bande entrain de rire et de me montrer du doigt.

Si seulement il n'y avait eu que cela ! Peut-être que tout aurait été différent... Effectivement, Léontine me prit par la suite pour son souffre-douleur fétiche et même, pour le bouc émissaire de toutes ses diableries. Dès qu'elle se mettait en tête de faire des bêtises en cours, elle me dénonçait en disant qu'elle m'avait vu le faire. Et si par malheur le professeur l'avait prise entrain de s'exécuter, elle me promettait de me le faire payer. J'ai conscience que son cas était exceptionnel pour une jeune fille au lycée, mais elle n'avait aucun scrupule sur son attitude et elle m'aurait demandé de lui faire des excuses plutôt que d'avouer sa méchanceté. La chance n'était certainement pas de mon côté, pourtant je ne pouvais pas m'empêcher de songer que je n'étais pas indispensable dans le monde et que je n'avais été faire que pour les besoins de cruauté des autres. Léontine étant l'incarnation même du sadisme humain. Je détestais cette fille, elle rendait chaque jour de ma vie un enfer. Ce que je subissais devenait toujours pire au fur et à mesure de ses actes, parce qu'elle prenait un malin plaisir à me faire du mal.

J'avais été obligée d'organiser avec Martine le concours du plus beau déguisement de Noël, car nous faisions partie du foyer socio-éducatif et nous nous occupions de nombreuses ½uvres caritatives et de toutes les soirées festives du lycée. À ma plus grande honte, j'ai également été désignée pour la distribution des prix. Je me moquais éperdument de qui allait gagner, je ne m'étais pas inscrite au foyer pour toutes ces fêtes idiotes où les filles se battaient pour avoir le plus beau cavalier à leur côté. Étant organisatrice, je ne m'étais même pas inquiétée de cela ! Je suivais de loin les magouilles qui se préparaient, mais ne m'y intéressais pas plus que ça. Seulement, lorsque Léontine apprit que David irait au bal de fin d'année, elle a expressément voulu l'accompagner, ce à quoi elle est parvenu malgré les manigances des autres.
Je dois avouer que ce soir-là, on ne se saurait pas le moins du monde douter de sa cruauté habituelle. Elle était très belle dans sa robe blanche et pailletée : elle avait l'air d'un ange. J'admirais son élégance en dépit de toutes les misères qu'elle m'avait faites subir. Il était cependant impossible de vraiment lui en vouloir à ce moment. J'enviais sa joie et sa chance d'être avec David, de paraître le plus beau couple dont on puisse rêver. Néanmoins, je ne me mettais pas à sa place, je savais que ce n'était pas un évènement qui pourrait m'arriver. Le conte de Cendrillon ne peut se produire que si la jeune fille est séduisante. Je ne l'étais pas, il fallait voir les choses en face, tout simplement. Je ne pouvais donc pas être comme elle. C'était bien le seul sujet sur lequel nous n'étions pas en désaccord. Voyez-vous, elle ne remporta « que » le second prix, ce qui l'empêcha d'ouvrir le bal avec David. Ses caprices faisant de nouveau surface, elle estima que c'était ma faute, que j'avais comploté contre elle. Ce prix semblait signifier à ses yeux plus que je ne l'aurais imaginé. Bien sûr, je n'avais rien fait pour qu'elle ne reçoive pas ce prix, elle avait bien trop d'ennemis pour le faire à ma place. Mais j'étais la plus faible, c'était à moi d'en payer les conséquences : elle me gifla à plusieurs reprises quand j'allais dans la remise pour chercher d'autres nappes. Je m'enfuis en pleurant, sans l'apercevoir derrière moi. Et alors que je traversais le lac gelé tout près de chez moi, elle me poussa sur la glace. Je glissai et tombai, me tapant la tête contre le sol. Je perdis connaissance et lorsqu'on me trouva enfin, on appela une ambulance.

# Enviado em Quarta 08 Março 2006 15:30

Modificado em Segunda 09 Julho 2007 11:31

1er Chapitre : Deux entretiens

1er Chapitre : Deux entretiens
Je ne sais pas qui m'avait sauvé. Pourtant, personne n'avait assisté à la scène, puisque personne ne témoigna contre Léontine, ni ne vint me voir. Ce n'est qu'au bout du troisième jour que Martine arriva à l'hôpital, pleurant à chaudes larmes.

« Mais alors, ma belle ? Qu'est-ce que tu t'aies fait ?
– Ne t'inquiète pas, ce n'est pas bien grave. Je vais pouvoir revenir dans deux jours à la maison.
– Comment t'ais-tu fait mal ? »

Elle avait un ton catégorique, mais en même temps craintif ; elle redoutait ce que j'allais lui dire et qu'elle avait très bien deviné.

« Voyons... C'est déjà oublié ! »

Je la regardai d'un ½il entendu qu'elle comprit très bien ; ce n'était pas la peine d'en rajouter !

« Je ne dois manquer qu'à une personne à mon avis : celle qui ne peut pas me martyriser ici !
– Tu sais, c'est grave ce qu'elle...
– Oui, peut-être, l'interrompis-je. Mais qu'est-ce que ça changerait si j'agissais en quoi que ce soit ? Rien. Alors je préfère rester « neutre ».
– Comme tu voudras... Mais tu me rends triste.
– Ce n'est pas un v½u, c'est une résignation. »

Elle balaya l'air d'une main et changea de sujet l'instant d'après. Martine n'aimait jamais les conversations trop sérieuses ou trop graves ; elles montraient trop à quel point la vie pouvait être dure. Elle était triste quand il le fallait, mais elle savait relativiser les choses. C'est ce qui faisait sa force et sa fragilité et c'est pour ça que je l'aimais tant. Elle me soutenait en silence, sans que nous n'ayons rien à dire. Tout était entendu entre nous. Ainsi, les deux jours suivants, elle vint me rendre visite à l'hôpital avec des gourmandises et la cassette de « Autant en emporte le vent » pour que je me sente moins seule.

Après être rentrée chez moi, je ne suis pas allée en cours pendant une longue semaine, où je me suis ennuyée à mourir. Ensuite, j'ai voulu « recontacter » la population, en évitant cependant tous les gens du lycée et particulièrement Léontine. Je suis donc sortie pour me promener dans les chemins entre les arbres des collines. Même en hiver, il ne fait pas trop froid sur les demi-hauteurs qui environnent la ville. Il est donc agréable d'y marcher pour profiter du calme et de la nature. Ces derniers temps, je réfléchissais beaucoup sur la vie et la forêt, la douceur de la neige et la fraîcheur de l'air m'offrait un confort propice à l'envie de solitude et de penser. Je me demande parfois si ce qui m'est arrivé peu après ne s'est pas produit à cause d'une volonté inconsciente en moi-même, qui a voulu surgir.

En retournant chez moi après ma petite excursion, je rencontrai une vieille femme assise sur un banc, qui lisait tranquillement un livre. Elle leva brièvement les yeux de son ouvrage lorsqu'elle entendit mes pas sur la neige, sans pour autant sembler me voir. J'étais probablement aussi invisible pour elle que pour tous les autres. Pourtant, elle me barra la route en redressant sa jambe dès que j'arrivai à sa hauteur.

« Pardon, Madame.
– Mais de quoi ? »

Je fus surprise par le ton de sa voix ; il donnait l'impression qu'elle me connaissait depuis des années.

« J'aimerais passer s'il vous plaît... Expliquai-je naïvement.
– Je ne suis pas sûre que ça me plaise. Non, non, non. Il faudrait d'abord que tu me dises ce qui ne va pas : tu as beaucoup réfléchi et ce, sur des choses très graves, visiblement. »

Je suis restée perplexe, bouche bée devant cette dame inconnue, cependant si sûre d'elle. Pourquoi lui aurais-je raconté ma vie ?

Coïncidence surprenante, je me suis assise à côté d'elle et j'ai commencé à lui révéler l'histoire de ma vie : le pire des chaos. Et pas une fois, elle ne se permit de m'interrompre. Pas une fois, elle ne secoua la tête en signe de réprobation. Elle écoutait, c'est tout. Bien que cela semble très simple, rien que par ce fait, elle m'aidait énormément à soulager ma conscience et mon esprit. Même Martine ne savait pas tout ce que je lui ai dévoilé dans ce bosquet perdu. Je crois, en me remémorant tous ces souvenirs, oui, je crois bien que c'est après avoir rencontré cette femme que tout a réellement changé dans ma vie.


(l'image est à voir dans deux sens : la jeune fille et la vieille femme. Pouvez-vous voir les deux ?)

# Enviado em Quarta 08 Março 2006 15:51

Modificado em Terça 10 Julho 2007 18:38

1er Chapitre : Une rencontre particulière

1er Chapitre : Une rencontre particulière
Lorsque j'eus fini mon récit, elle continua de se taire pendant encore trente secondes avant de me regarder fixement avec ses yeux bleus si clairs.

« Tu n'as jamais souhaité surpasser les autres ? me demanda-t-elle d'un air très surpris.
_ Non... Non, répondis-je avec embarras.
– Ah ?
– Je ne vois pas pourquoi vouloir être meilleure qu'eux aurait fait en sorte que je sois meilleure qu'eux, ni même en quoi cela pourrait résoudre mes problèmes, répliquai-je de peur de passer pour une idiote. C'est logique !
– Peut-être que ça l'est, en effet, mais peut-être aussi que c'est faux. Tu dois avoir remarquer que les autres ont souvent besoin de martyriser des personnes plus faibles parce que cela leur prouve qu'ils sont supérieurs. Et bien, c'est un fait qui ne change jamais, parce que ceux qui sont considérés comme faibles pensent aussi l'être et restent alors dans cet état d'infériorité. La solution est simple puisqu'elle est psychologique. Enfin simple : plus facile à dire qu'à faire ! Il faut donc arriver à se persuader de son égalité. J'ai été comme toi, je sais ce que c'est. Quand je t'ai vu au coin du chemin, j'ai cru me voir des années plus tôt ! Mais aujourd'hui je suis différente, regarde ! »

Certains n'auraient rien vu et rien compris à ce qu'elle voulait dire. Mais moi, je voyais exactement ce qu'elle voulait me montrer. Sa tenue était impeccable, son dos droit, sa coiffure et son maquillage parfaits et ses yeux pétillaient de vie comme peu de personnes de son âge.

« Comment avez-vous fait ? l'interrogeai-je, tout à coup sidérée.
– C'est simple : j'ai fait ce que j'avais vraiment envie de faire à partir du moment où j'ai compris que toute ma vie ne dépendait que de moi et pas des autres ! Je me suis écoutée moi-même et j'étais sûre de ce que je faisais, parce que les gens tout autour ne comptaient plus que superficiellement pour moi. Le ridicule n'est devenu que le fait de ne pas être soi-même. Dis-moi... De quoi as-tu envie pour toi ?
_ Tout ce qu'on aimerait être : grande, mince, belle, intelligente, charmante, drôle, bref... Tout ce qui plaît aux garçons ! »

La vieille femme rit.

« Oui, ça toutes les filles le veulent ! Mais je parle plus particulièrement de toi, comment aimerais-tu être ? Dans ton propre style.
– Je ne sais pas trop...
– Tiens, attends. Prends ce crayon, je te cherche une feuille. »
Après avoir fouillé dans son sac, elle me tendit du papier. Cependant, cela ne servit guère, car je n'en fis rien : je n'avais pas du tout compris ce qu'elle voulait de moi.
« Et bien ? Qu'attends-tu donc ? s'indigna-t-elle. Dessine ! Écris ! Fais quelque chose, bon sang ! »

Je m'exécutai immédiatement. Pendant ces cinq petites minutes, je découvrais à travers mon croquis tout ce que je désirais au plus profond de mon être. Je laissai aller mon imagination sans avoir peur de mon originalité. Au fur et à mesure des lignes que j'inscrivais noir sur blanc, je comprenais aussi que j'avais un don pour le dessin, que j'esquissais plus facilement mes pensées de cette manière plutôt que d'une autre.

En fin de compte, le modèle ressemblait à une mannequin habillée de vêtements farfelus. Ma nouvelle amie était fière de moi et souriait autant qu'elle le pouvait.

« Tu vois mieux maintenant ? »

Alors là, je ne voyais plus rien du tout. Qu'est-ce qu'elle voulait que je lui réponde à la fin ? Je l'observais, soucieuse.

« Oh ! Mais regarde ! m'ordonna-t-elle. »

Je ne comprenais toujours pas. Elle était si mystérieuse.

« C'est ton ½uvre et le reflet de tes pensées. Tu dévoiles une créativité débordante ! Ne comprends-tu pas que tu as beaucoup de talent ? Voyons ! Tu aurais pu décrire de mille manières différentes la façon dont tu veux vivre, mais instinctivement, tu as choisi le dessin. Tu as découvert en même temps de quoi tu peux être capable ! »

J'étais, moi aussi, folle de joie à ce moment. Personne, jamais personne ne m'avait dit cela auparavant. Pas même mes parents ! Je la remerciai alors beaucoup, sans être sûre de savoir pourquoi et je m'en allai, avec le regret de ne pas l'avoir assez remercié et de ne plus jamais la revoir. Qui aurait pu prévoir qu'une femme comme elle m'aurait incité à ouvrir mon c½ur et à me pousser à grandir ? Je ne savais rien d'elle, mais je supposais n'être pas la seule personne à avoir été éclairée par sa présence. Songeuse et ravie de cette étrange rencontre, je regardai ma montre et écarquillais les yeux : nous avions parlé pendant des heures !

# Enviado em Quinta 09 Março 2006 01:37

Modificado em Segunda 16 Julho 2007 08:15

1er Chapitre : Transformation

1er Chapitre : Transformation
Lorsque je suis rentrée chez moi, j'ai tout de suite été dans ma chambre et j'ai ouvert les volets en grand pour bien éclairer la pièce. Puis j'ai pris un crayon et du papier pour dessiner. Je traçai d'abord ce que je préférais, cela me donnait un repère : les yeux. Ils donnent toute la vie à l'image si on sait bien s'y prendre. L'un après l'autre, on comprend que l'on forme l'identité du personnage en fonction de son regard. Mais le plus important avant d'aller plus loin, ce sont les sourcils ! Des sourcils bien dessinés rendent une femme plus belle dans la réalité et encore plus sur une feuille. Ils symbolisent l'expression même de l'âme. Ceux qui savent en jouer ont plus que du charme : ils ont un pouvoir illimité sur les autres, parce qu'ils sont capables de maîtriser les élans de leur propre caractère. Ensuite, on peut offrir un nez qui accuse l'attitude et une bouche qui souligne les sentiments. Mes bonshommes représentaient les membres d'une société dans laquelle j'aurais aimé vivre. Le dessin m'accordait en fait l'Utopia dont je rêvais. La vie sociale ne semblait plus être une difficulté et je me surprenais à parler à mes propres personnages. Bien que cela paraisse ridicule, je dois dire que c'est plutôt soulageant. Je partageais ainsi le reste de mon après-midi avec mon crayon et mes nouveaux amis, sans oublier la vieille dame...

Martine me rejoignit plus tard dans la soirée comme elle le faisait chaque jour depuis que je n'étais plus allée au lycée. Elle avait prévu de regarder un film avec moi, aussi avait-elle apporté une cassette. Quelle surprise pour elle d'apercevoir le sol et les meubles couverts par les feuilles dessinées !

« Quel ouragan est passé par ici ? Je croyais que ce n'était pas la saison ! plaisanta-t-elle. »

Tout lui plut. Elle admira mes croquis un par un et on en discuta toute la nuit. Si elle s'était attendue à ça ! Bambi fut donc laissé de côté pour cette fois. Elle se révéla de nouveau une amie tendre et confidente, bien que mes mésaventures m'eussent quelque peu détachée d'elle. On se prépara de délicieux petits cocktails accompagnés de friandises et la tête nous tourna rapidement lorsqu'on mit de la musique pour danser. Mais on en profitait, c'était l'essentiel ! On riait et on parlait pour ne rien dire, avec cette jubilation éphémère qui nous faisait aimer vivre.

Le lendemain, malgré le mal de tête et la fatigue, elle était si contente qu'elle m'emmena en ville faire du shopping. Ses parents, partis pour le week-end, lui avaient laissé le chauffeur attitré de la famille pour la conduire où bon lui semblait. Ainsi, moins de vingt minutes après sa décision, nous arpentions gaiement les rues de Lyon. Nous entrions dans tous les magasins de vêtements pour essayer ce que nous voulions et nous nous amusions follement à faire ça. Comme il était tôt le matin, il n'y avait presque personne pour juger nos enfantillages et même les vendeuses semblaient réjouies par notre badinerie. Et alors que l'on se trouvait dans un magasin assez huppé, je trouvai une superbe robe bleu clair dont les motifs violets étaient très originaux. Tout à fait séduite par sa coupe et son style, je la comptais dans mon tas d'essayages, mais n'osais pas la mettre. Martine, qui avait acheté sans se préoccuper du montant, jeta un coup d'½il au paquet de vêtements et la remarqua tout de suite.

« Oh ! Quelle petite merveille ! pourquoi ne l'as-tu pas essayée ? Je suis sûre qu'elle t'irait à ravir ! »

Je me laissai tenter, surtout parce que j'en mourrai d'envie. Je la revêtis rapidement, mais ne me regardais même pas dans la glace. J'attendis le verdict de Martine.

« Ma chérie ! Tu es splendide ! s'écria-t-elle.
– Tu es sûre ? lui fis-je, non convaincue.
– Mais voyons ! N'aie pas peur du miroir ! Tu es tellement jolie comme ça ! »

Je m'efforçais de me tourner vers ma propre image, avec la crainte de voir tout ce que j'exécrais. Cependant, dans cette robe, j'eus l'impression d'être différente, d'avoir un autre visage. C'était comme si j'avais mûri en une nuit et que mes traits étaient devenus ceux d'une jeune femme. Mon inquiétude se mua en joie et fierté. La seule difficulté qui m'empêchait de l'acheter était son prix. J'avais liquidé tout mon argent de poche dans le distributeur de l'hôpital pour échapper à la nourriture immonde qu'il nous servait et m'offrir un peu de chocolat de temps en temps. Je regrettais mes envies du moment. Pourtant, j'avais beaucoup de chance d'être la meilleure amie de Martine : elle m'en fit cadeau, même si je refusais.

Dans les jours qui suivirent, tout continua de changer dans ma vie. Je pris la décision d'apprendre sérieusement le dessin et pour cela, mes parents en me voyant plus joyeuse cherchèrent des cours particuliers pour trois heures par semaine. Autant dire que de cette façon, je pus vraiment développer mes capacités. Mais c'était loin d'être tout : je n'allais plus à l'école, car j'avais des cours par correspondance à domicile et pendant ce temps, je profitais d'être éloignée des autres pour m'épanouir. Seule Martine venait me voir et elle était si souvent avec moi qu'elle ne remarqua même pas les changements qui s'opéraient en moi. Je faisais effectivement en parallèle un régime intensif, un programme de sport progressif, utilisant la salle de gym de mes parents tous les jours, réduisant mes repas de moitié, buvant souvent. J'étais très décidée et pleine de nouvelles résolutions ! Au fil des mois, mon corps se transformait et je devenais ce que j'étais réellement pour moi, parce que je l'avais décidé ainsi. Je suivais avec ardeur et enthousiasme tous les conseils que la vieille dame m'avait donnés. Martine ne me vit seulement mincir quand je ne demandai plus la même taille dans les magasins de vêtements, au contraire, largement celle d'en dessous puis après celle encore en dessous et ainsi de suite jusqu'au 36. J'étais toute menue et fière de moi.

J'ai réalisé en même temps que mes dessins, pour la plupart des croquis de mannequins, étaient des modèles très convenables pour faire des vêtements à mon goût. Je m'empressais donc pour prendre des cours de couture. Ma chambre, après s'être métamorphosée en atelier dessin et peinture, devenait alors atelier de mode. Des bouts de tissus jonchaient un peu partout sur le sol et les meubles à la place de mes feuilles.

Je fis également beaucoup de progrès dans ce domaine et, en quelque temps, j'eus la possibilité de créer les tenues que j'avais moi-même imaginées. Mes premiers essais n'étaient pas trop mauvais, mais j'étais encore très améliorable ! Au bout de quelque temps, je me perfectionnais et les choses les plus difficiles me semblèrent simples. J'étais très douée et j'avais beaucoup de plaisir à fabriquer des vêtements à mon image, inventant ma propre méthode de réalisation. Je gardais mon nouveau don secret et personne n'eut le droit de voir mes créations, pas même Martine. En réalité, elle ne se doutait pas de ce nouveau talent, parce que j'avais pris soin de le lui cacher. Les patrons et les morceaux d'étoffe disparaissaient dès qu'elle passait le pas de la porte.

Ainsi, lorsqu'elle m'invita à sa fête d'anniversaire au mois de mai, je confectionnai une très belle robe aux couleurs printanières pour moi et son cadeau, un tailleur beige clair très chic, assorti à un grand chapeau de la même couleur, le tout décoré par des bordures marron chocolat et des boutons bruns sur le c½ur qui traçaient les contours d'une fleur dans un style très raffiné. C'était à ravir et j'étais très satisfaite de mon travail. D'autant plus parce que Martine n'était pas au courant de mes activités de couturière et que l'idée de sa surprise en ouvrant le paquet m'enchantait particulièrement.

Le soir de ce moment si attendu pointa bien vite son nez et je revêtais alors ma superbe robe. Elle était d'un rouge portant légèrement sur le fushia, parée de roses blanches et découvrait les épaules. Une fine dentelle bordait le col et les manches longues et fendues se raccrochaient aux poignets. La taille, quant à elle, était parfaitement coupée et laissait tomber le bas de la robe avec grâce et élégance jusqu'à mes pieds, pour s'épanouir comme une fleur sur le sol. Elle était vraiment très réussie et en la mettant, je n'avais que plus de fierté. J'ajoutai une petite rose blanche brochée sur ma poitrine et une autre attachée dans mes cheveux bruns. J'avais maquillé mes yeux verts en dessinant un léger trait noir au khôl, un peu comme Cléopâtre, comme un chat. J'enduis mes lèvres en rouge pétillant, me donnant l'air d'une gitane. J'avais également de petits escarpins blancs dont les talons m'agrandissaient comme il fallait. L'heure de mon ascension avait sonné, il n'était pas question que je néglige le moindre élément !

En descendant les escaliers, mon père m'aperçut. Un large sourire découvrit ses dents si blanches et une expression de complaisance apparut dans ses yeux. Je ne l'avais jamais vu me regarder ainsi, mais je ressentais alors beaucoup de plaisir et de contentement.

« Fais bien attention à toi ma chérie ! Tous les garçons vont te courir après ! plaisanta-t-il. »

Je baissai la tête en signe d'humilité, pourtant, j'en étais tout à fait réjouis.

# Enviado em Quinta 09 Março 2006 01:47

Modificado em Segunda 09 Julho 2007 11:31

1er Chapitre : Première Victoire

1er Chapitre : Première Victoire
Il m'accompagna jusqu'à la porte et me l'ouvrit comme les hommes en livrée d'hôtel : en s'inclinant très bas pour me laisser passer. Je n'avais que quelques mètres à faire pour retrouver la maison de Martine et je sentais déjà l'euphorie m'envahir. J'avançai courageusement et à la barrière, je penchai la tête pour regarder les lampions flotter sur le petit bassin du jardin. Personne n'était encore arrivé, car la fête ne commençait qu'une heure plus tard. Je tapai timidement à la porte lorsque Jeannine, sa mère, vint m'ouvrir. En me voyant si élégante, elle se montra très enthousiaste et m'invita à entrer avec tous les honneurs. Je déposai la boîte du cadeau de Martine sur la table du salon et avant même de me retourner, j'entendis ma meilleure amie crier de joie.

« Oh ! Francie ! Tu es superbe ! Où as-tu trouvé ce petit bijou ? Quel objet remarquable !
_ C'est... C'est moi qui l'ai faite, bafouillais-je.
– Quoi ? C'est toi qui l'a faite ? Comment... ?! Je vois ! Tu m'as caché des choses, dis-moi ! Je n'en reviens pas : c'est une vraie merveille ! En fin de compte, tu as bien fait de ne pas m'en parler ; je t'aurais constamment cassé les pieds pour voir le résultat ! Enfin, tu as un quand même un sacré toupet pour m'avoir dissimuler tout ça ! Alala ! Tu iras très loin ma chérie ! Je t'adore ! »

Elle me prit dans ses bras et n'arrêta pas de me dire qu'elle était vraiment fière de moi.

Je l'aidai à finir les préparatifs avant l'arrivée des premiers invités, même si elle refusait continuellement que je fasse la moindre chose de peur que je me salisse. Je lui proposais donc d'ouvrir son cadeau avant que la fête ne commence. Ma suggestion la tenta tellement que je n'eus pas besoin de le lui répéter pour qu'elle s'empresse de défaire le paquet. En découvrant la jolie tenue que je lui avais confectionnée, elle poussa encore un immense cri de joie et d'étonnement ravi avant de courir jusqu'à sa chambre pour l'essayer. Quelques minutes plus tard, elle revint pour afficher sa nouvelle acquisition avec orgueil. Elle me sauta dessus pour m'embrasser et me remercier.

« Tu devrais lancer une collection de vêtements ! me fit remarquer sa mère en riant. »

Cette idée me tourna l'esprit toute la soirée lorsque je vis tous les gens me regarder comme si j'étais tout droit sortie d'un rêve et Martine aussi. Mes créations produisaient encore plus d'effets que je n'aurais imaginés !

Martine m'avait prévenue que David participerait à la soirée, mais je ne l'avais pas tout de suite aperçu, parce qu'il était près de la piscine, entouré par le même groupe de filles qu'auparavant. Rien ne semblait avoir changé pendant mon absence, j'avais été invisible et je l'étais restée jusqu'à maintenant. C'est pourquoi je ne me mêlais pas trop à la foule. La plupart du temps, je restais avec Martine, qui ne me lâchait plus, tant elle était reconnaissante et admirative. Cela aussi s'était inversé : c'était moi qui voulais être elle et désormais elle qui souhaitait être moi.

Bien que ma tenue et ma prestance fissent sensation auprès de tout le monde et que je fusse même le centre d'attention de tous, j'étais plus souvent seule entrain de siroter mon verre que bien accompagnée et divertie. J'allai me servir du ponch pour la troisième fois depuis le début de la soirée quand une voix familière murmura près de mon oreille « Bonsoir ! » d'une manière très douce. Je me retournai brusquement pour me trouver nez à nez avec David. Je lui répondis poliment, mais d'une manière gênée. Mon assurance était encore toute jeune, elle avait encore à faire ses preuves en société.

« Puis-je me permettre de vous demander votre nom ? s'enquit-il avec malice. »

Je le fixai des yeux, croyant qu'il plaisantait. Mais il n'en avait pas l'air finalement ! Je levai les yeux au ciel et éclatai de rire. S'il ne m'avait pas reconnue, il m'avait probablement oubliée !

# Enviado em Quinta 09 Março 2006 06:30

Modificado em Terça 10 Julho 2007 15:05