1er Chapitre : La Vengeance est un plat qui se mange froid...

1er Chapitre : La Vengeance est un plat qui se mange froid...
« Voyons, David ! C'est notre chère Francie. N'est-elle pas magnifique ? intervint Martine, un peu embarrassée. »

David était stupéfait par cette révélation. Pourtant, contrairement à ce que j'avais anticipé, il se montra encore plus doux et plus détendu qu'auparavant, comme ravi par la surprise.

« Tu sais qu'il s'est beaucoup inquiété pour toi ? ajouta Martine qui avait senti chez moi la colère monter.
– Oh ! Mais il n'y avait pas de quoi : j'allais très bien ! lançai-je avec dédain. Tu le sais bien, tu venais me voir tous les jours. Pourquoi ne lui as-tu pas dit ? »

J'étais un peu méprisante ; j'avais envie de le blesser dans sa personne et lui montrer qu'il ne pouvait plus me tromper. Et il fut effectivement touché, mais surtout déçu ; ce qui me fit immédiatement regretter mon attitude, sans pour autant le laisser entrevoir.

« Tu as changé, tu sais ?, intervint-il subitement.
– Oui, je le sais. Les autres ne peuvent pas le savoir.
– Pourquoi ?
– Parce que j'étais invisible, voire pire encore : la risée de tous.
– Je ne parlais pas de ton physique. C'est vrai que ton corps est différent, mais ton caractère encore plus.
– Ah oui ? demandai-je surprise par tant d'esprit de sa part.
– Tu es plus... arrogante. Tu dégages de l'amertume. Je sens qu'on t'a fait du mal.
– Je crois que c'est normal de penser ça quand on sait que c'est vrai ! rétorquai-je violemment. »

Martine s'éloigna en me lançant un regard lourd de reproches. Je baissai légèrement la tête.

« Je te demande pardon, continua-t-il.
– Non, c'est moi qui te dois des excuses, avouai-je. Je me conduis d'une manière abominable. Seulement, c'est la première fois depuis que je suis partie du lycée que je revois tout le monde. J'avais envie de me venger.
– Je te comprends ; en plus, c'est de ma faute si tout ça est arrivé. Que tu ne sois pas revenue...
– Non, c'est Léontine, le coupai-je.
– Mais j'aurais dû t'en parler, aller te voir... Je suis impardonnable.
– Non, c'est mieux comme ça. Je m'en sors très bien. Tu vois, je suis désormais ce que j'ai toujours voulu être.
– Je sais, je vois bien à quel point tu es devenue forte. Maintenant que tu t'aies trouvée, tu vas te surpasser et devenir quelqu'un d'extraordinaire, j'en suis certain.
– Tu es sincère ?
– Bien sûr, répondit-il tendrement. »

Je ne pouvais plus rien dire après ça, donc je me tus et m'éloignais à mon tour. Toutes ses belles paroles m'étonnaient ; je croyais autant que Martine qu'il n'était pas très intelligent, pourtant, ce qu'il venait de dire prouvait le contraire. Ou alors il avait une sacrée technique de drague !
Je me dirigeais ver la cuisine pour voir Jeannine qui préparait le gâteau, lorsque David me barra la route en mettant son bras devant moi.

« Attends... m'arrêta-t-il. »

Je soupirai, prête à perdre patience.

« Oui ? Dépêche-toi il faut que je m'occupe de la charlotte à la fraise et des bougies.
– Ben tu viendras me voir après alors, proposa-t-il.
– Ok. »

# Enviado em Quinta 09 Março 2006 06:39

Modificado em Terça 10 Julho 2007 08:01

1er Chapitre : Être sûre de soi

1er Chapitre : Être sûre de soi
J'entrai dans la cuisine et tombai sur Jeannine, qui me regarda tout de suite avec des yeux rieurs.

« Tu as une touche, on dirait.
– Pardon ?!
– David. J'ai vu comme il te regarde ; tu lui plais beaucoup. Il n'attend qu'une chose : que tu sois plus douce avec lui. Je t'ai entendu lui parler tout à l'heure ; il était si triste de se confronter à ton agressivité ! Il comprend seulement maintenant ce que tu as subi...
_ Je n'y suis pour rien et puis, de toute façon, ce n'est pas le seul qui m'apprécie ce soir...
– Oui, j'ai vu ça aussi ! Tu fais ton petit effet, c'est une belle revanche. Je sais ce que cela représente pour toi, mais lui, je pense qu'il te perçoit différemment des autres garçons. Et puis, il faut avouer qu'il est vraiment chou ! »

Là, je reconnaissais bien la mère de la fille !

Je l'aidai ensuite à disposer les bougies sur le gâteau puis je pris un briquet pour les allumer. Dans la pièce d'à côté, on augmenta le volume de la musique et je reconnus bientôt la « Macarena » de Los Del Rio qui faisait un tabac depuis le début de l'été. Dans la cuisine, Jeannine et moi commencions à nous dandiner comme des folles, lorsque Martine nous rejoignit et que je dus la rejoindre pour lui cacher la vue du gâteau !

Je la tins par les bras et la fis tourner rapidement au milieu de la piste avant de nous mettre en piste pour faire les pas de danse que tout le monde connaissait. Je ne m'étais jamais senti aussi bien et je riais tellement que je me surprenais moi-même. La chanson se finit pour laisser jouer « Wannabe » des Spice Girls. Je retournai dans la cuisine en me remuant d'une manière bizarre, un peu comme si j'avais été bourrée. Lorsque j'y entrai, je fus stupéfaite de trouver David à la place de Jeannine. Il leva la tête quand la porte se ferma.

« Tu m'aides ? »

Je lui obéis sans rien dire et m'approchai de la table.

« Tu danses très bien, tu sais. »

Je le regardai curieusement.

« Tu es sérieux ? C'était seulement la Macarena !... Et puis, je faisais n'importe quoi ! m'exclamai-je, nerveuse.
– Peut-être, mais tu étais gracieuse et tu dégageais beaucoup de charme.
_ Pour être franche, je ne suis vraiment pas de ton avis.
_ Ah oui ? Et pourquoi ? »

Il s'était penché sur moi tout en disant ça, ce qui m'avait fait reculé.

« Parce que... parce que ce n'est pas vrai, c'est tout !
_ Pourquoi faut-il que tu dises toujours cela ? s'indigna-t-il brusquement. Tu n'as décidément toujours pas assez confiance en toi ! »

J'étais furieuse. Alors comme ça, pour lui, j'étais incapable de m'assumer ?

Je le regardai en soupirant, puis lui tournai le dos.

« Écoute... Je ne voulais pas te faire du tort, regretta-t-il. »

Il me prit alors par les épaules pour voir mon visage.

Je l'embrassai tout à coup, ne lui laissant pas le temps de réagir. Au fur et à mesure que notre baiser continuait, il se serra plus fort contre moi. Pourtant, au moment où j'ouvris les yeux, je le repoussai.

« Tu vois, c'est tout à fait différent, expliquai-je. C'est moi qui impose ma loi. C'est moi qui t'embrasse et pas l'inverse. Je suis plus forte, plus sûre de moi-même. »

Je finis d'allumer la dernière bougie et j'emportai le gâteau dans le salon. À partir de ce moment, tout le monde chanta « Joyeux Anniversaire » à Martine et l'applaudit.

Je pus ainsi m'éclipser au sein de la foule pour m'éloigner de la porte et être certaine de ne pas tomber à nouveau sur David. Je posai le gâteau sur la table et me mis à côté de Martine pour me « protéger ». Mais avant qu'elle ne souffle ses bougies, j'aperçus David qui s'approchait de nous tout en me fixant du regard. J'eus juste le temps de voir dans ses yeux sa rancune, lorsque tout s'assombrit avec les flammes s'évanouissant.

# Enviado em Sexta 10 Março 2006 11:12

Modificado em Terça 10 Julho 2007 13:49

1er Chapitre : La meilleure proie

1er Chapitre : La meilleure proie
Je me souviens de ce souvenir comme si c'était hier. Ça a été la première preuve de mon assurance et de ma nouvelle vie. À partir de ce jour, tout le monde m'appelait Françoise ou Francie. Je m'exhibai davantage en ville et j'allai chercher Martine au lycée pour que les garçons me voient et me sifflent. Bien entendu, je faisais semblant d'être mécontente de leurs réactions puériles, alors que je n'avais jamais été aussi fière de moi. Un nouvel été se passa, où je me rapprochai encore plus de Martine tout en devenant différente. Autant notre premier été ensemble avait le partage de toutes nos passions, autant celui-ci nous apprit à nous différencier l'une de l'autre. Certes, nous étions toujours les meilleures amies du monde, mais nous savions dès lors que nous allions prendre plus tard des chemins opposés.
Après les vacances, j'ai réintégré le lycée, tout en continuant mes cours de dessin et de couture. Mes activités extrascolaires me prenaient beaucoup de temps, mais je n'avais aucune difficulté à combiner les devoirs et mes travaux personnels : j'étais encore meilleure élève qu'auparavant ! Bon nombre de mes professeurs, ravis par mes compétences et ma perspicacité, m'encourageaient souvent pour continuer mes études dans les classes préparatoires, notamment hypokhâgne-khâgne et commerciales. Je n'étais pas encore certaine de ce que je voulais faire à ce moment-là, mais leurs prétentions m'agaçaient particulièrement. Je n'étais pas la seule élève capable de réussir dans ce maudit lycée, même si la plupart des gens étaient carrément stupides !

En revenant à l'école, je voulus jouir incessamment de ma victoire sur les hommes et j'enchaînai les conquêtes. J'étais toujours très méprisante avec eux, une fois qu'ils étaient enchaînés à mon filet et je leur laissais croire ce qu'il voulait jusqu'à ma rupture. Toutes ces histoires sans équivoque n'allaient jamais bien loin, mais me permettaient vraiment de savourer mon triomphe. Martine me reprochait de temps en temps ma conduite, mais sans m'en vouloir réellement, car elle savait bien que j'avais besoin d'en profiter.

David, lui, a été le seul « beau gosse » avec lequel je ne suis pas sortie. Je trouve que j'ai eu beaucoup plus de respect pour lui que pour les autres et pourtant, il l'a pris assez mal. Néanmoins, mes aventures avec des jeunes de mon âge ne continuèrent pas bien longtemps. J'évoluais en fonction de mon ambition. Et je compris effectivement très vite qu'il fallait s'attaquer à de plus gros poissons pour faire bonne chair. Je me serais certainement lassée d'avoir des proies trop faciles ! Mon été consista donc à apprivoiser les jeunes associés de 30 ans qui collaboraient avec mon père. Vous n'imaginez même pas à quel point les hommes peuvent être dociles ! Mes petites manigances étaient si persuasives que les plus gros contrats de mon paternel furent signés grâce à moi. La séduction n'était pas le seul élément convaincant de ma prestation : je mettais toujours en valeur les avantages d'une alliance avec notre entreprise. Et ces atouts finissaient toujours par effacer les inconvénients. Bref, je réussissais toujours mon coup ! De ce point de vue, je pouvais arriver clairement à tout, puisque ces jeunes gens avaient quand même le bénéfice d'un certain pouvoir. Néanmoins, la perspective de leur conquête n'était pas un défi pour autant : aucun d'entre eux ne montrait de réelle réticence à mes charmes. Bien au contraire ! Ils avaient tout au plus de légers scrupules en se rappelant que j'étais la fille unique de leur partenaire, mais ils avaient vite fait de l'oublier !

Or, l'année scolaire qui suivit cette saison très instructive, c'est-à-dire ma terminale littéraire en 1998, j'eus justement la chance de tomber tout à fait sur ce que je souhaitais : un homme à la hauteur de mes attentes, dont l'envoûtement prévoyait d'être plus difficile que les précédents. Il s'agissait de mon nouveau professeur de Lettres, Frédéric Clarance, un gaillard assez grand aux yeux clairs et dont l'allure était particulièrement attirante. Il avait également beaucoup de présence, à ce qu'il me sembla ; il me plut sur le champ. Je décidais d'en faire mon nouveau challenge. Ainsi, l'ayant à peine entrevu dans les couloirs du lycée avant de l'avoir en cours, je m'empressai d'obtenir plus de renseignements sur son propos. Je n'eus aucune peine pour cela : toutes les petites minettes venaient se confier à moi pour m'apprendre tout ce qu'elles savaient sur lui. Il parut être le genre d'hommes qui plaît à toutes les filles : en dehors de son physique avantageux, on me vanta sa voix grave et chaude, son visage expressif et charmeur, sans compter son élégance. Et pour couronner le tout, son jeune âge : il n'avait que 27 ans !

Pour mon premier cours avec lui, j'avais déjà fait en sorte qu'il puisse me remarquer sans sembler vouloir en donner l'air : je portais une jolie robe noire en velours, avec un corset rouge et une ceinture brodée. Les manches, transparentes, dévoilaient mes fraîches épaules et le bas de la jupe, qui épousait parfaitement mes formes, avait une fente jusqu'en haut du genou. À l'inverse des autres quiches qui m'entouraient, je ne laissai rien paraître de mes intentions : je croisai et décroisai les jambes pour capter la moindre de ses réactions, tout en manifestant mon intérêt au cours. Nous étudions La chute d'Albert Camus et bien que je fus studieuse, j'avais du mal avec cette ½uvre. Toutes ces histoires d'accusations de l'être humain et de libération de soi ne m'enchantaient guère : je trouvais cela bien trop morne et trop négatif. Je préférais rester cynique plutôt que de plonger dans le pathétique. Et en dépit de mon opinion critique sur les axes de l'½uvre, je faisais preuve d'une grande intelligence et de vivacité. M. Clarance le saisit tout de suite. Du reste, je vis tout de suite que je ne lui étais pas insensible. À la fin de l'heure, je me mis en tête d'aller lui parler, histoire de le tester un peu. La place me fut cependant ravie par les groupies, à mon plus grand regret. J'allais devoir ruser pour parvenir à mes fins, à cause de ces bécasses ! Pourtant, en sortant de la salle, je devinais sa peine de ne pas me voir en faire partie au regard qu'il me lança. La première manche était gagnée à plat de couture !

Il ne fallait pas que je mollisse malgré tout ! Les hommes ne sont pas souvent courageux : s'ils savent très bien vous lorgner pendant des heures, ils ne vont pas forcément avoir le cran d'aller vous parler. À moins que vous n'ayez trouvé le point sensible qui les fera céder à la tentation... Un professeur n'a pas à succomber au charme d'une de ses élèves, bien entendu. M. Clarance pouvait donc très bien m'admirer silencieusement en cours, sans que rien ne se passe, selon ses principes.

J'élaborais donc une stratégie complexe pour éviter cela, en préparant plusieurs plans pour ne pas être surprise par des évènements inattendus : tout d'abord, je me présentai aux élections des délégués dans les semaines suivantes et menai une campagne discrète pour être la favorite ; je me préoccupai de tout le monde pour être apprécié de tous. J'emportai plus de la majorité des votes. Chacun des professeurs me félicita pour ma victoire et M. Clarance avec encore plus d'ardeur que les autres. Cette fonction me permit plus facilement d'écarter le groupe de vierges en chaleur qui se jetait sur lui à la fin de chaque cours... Prétextant son statut de nouveau professeur au sein de l'établissement, je lui faisais un rapport sur les pratiques courantes du lycée, puis sur la classe les fois d'après. De cette manière, j'appris à connaître davantage sa personnalité et lui la mienne. Il trouvait que j'avais un caractère bien trempé et il laissa même échappé à un moment que mes jambes lui plaisaient. La deuxième étape était passée ; il ne me restait plus qu'un coup à marquer. Et cela se fit sentir très rapidement.

Une élève immigrée d'Algérie arriva en cours d'année. Une jeune fille charmante mais qui avait beaucoup de difficultés en cours. Elle avait peu travaillé avant de se trouver parmi nous, pourtant, sa volonté d'apprendre dépassait de loin la nôtre. Elle avait clairement compris, comme moi, que le seul moyen de parvenir à ses fins, c'est d'être supérieur aux autres. Et pour cela, que l'instruction et la culture jouaient un très grand rôle. Mais malgré son envie de connaissance, elle surmontait durement sa timidité pour nous demander des conseils de méthodes. J'avais donc pris la résolution, en tant que délégué, de l'aider à s'améliorer. Elle progressa très rapidement grâce à mes cours et les professeurs se réjouirent de son travail et de mon efficacité. M. Clarance était encore bien plus ravi par mon exploit que les autres et il souhaita me féliciter personnellement... Il se jetait lui-même dans la gueule du loup...

# Enviado em Sexta 10 Março 2006 12:05

Modificado em Segunda 09 Julho 2007 11:33

1er Chapitre : La séduction par la méthode

1er Chapitre : La séduction par la méthode
« Ce que vous faites pour votre camarade est remarquable, Françoise ! Ne soyez pas si modeste. D'ailleurs, je viens de corriger votre dernier devoir ; il est excellent ! J'en suis encore tout retourné ! Votre vision des choses est très précise : on dirait que vous percevez le moindre détail et que vous lui donnez la valeur juste. Je n'ai jamais vu d'élève aussi brillant que vous !
– Merci beaucoup pour tous vos compliments, je suis très flattée. Mais il faut avouer que vous en êtes au tout début de votre carrière, votre expérience peut vous faire défaut... Et même en ce qui concerne Rachida, sachez qu'elle s'applique beaucoup à son travail. Je ne suis là que pour l'assister un peu.
– Voyons, vous méritez tout ce que je vous dis ! Vous êtes une jeune femme formidable ! Vous êtes pleine de bon sens et de surprises !
– Je vous en prie, ne dites plus ça ! Je ne suis pas parfaite... ! Et je ne veux pas qu'on souhaite que je le sois. »
Je lui lançai un regard mi-accusateur, mi-gêné. Quel plaisir de jouer les saintes-nitouches ! Il sembla encore plus embêté que moi sur le coup.
« Et sinon... Que comptez-vous faire après le lycée ? se rattrapa-t-il.
– Oh ! Je ne sais pas trop encore... Peut-être une école de commerce ou de mode.
– De mode ? C'est bizarre, je n'y aurais pas pensé vu votre niveau. Je vous aurais plutôt vu écrivain, comédienne ou même... Professeur de lettres ! plaisanta-t-il. Pourtant, il est vrai que vous avez un style très particulier et beaucoup d'élégance. Vous réussiriez sans aucun doute dans le domaine.
– Vous croyez ? lui demandai-je sincèrement. Merci !
– Et bien ça dépend... Quel métier aimeriez-vous exercer au juste ?
– Je ne suis pas encore sûre, mais pourquoi pas PDG d'une entreprise de vêtements de luxe, ou plus simplement, styliste et créatrice ? Enfin, tant qu'à faire, je préfère avoir le rôle du boss ! »

Il éclata de rire à ce moment-là. Il était vraiment sexy quand il riait comme ça !

« Je ne sais pas ce que vous pensez de mes tenues... Ajoutai-je malicieusement ; je les fais toutes moi-même.
– C'est vrai ?! , me demanda-t-il, interloqué, en pinçant le cuir de ma veste pour mieux l'examiner. Hum...C'est là un véritable travail de professionnel ! Comment avez-vous fait ? Vous avez pris des cours de couture chez Jean-Paul Gautier ? Quel bel ouvrage : vous m'épaterez toujours autant, Françoise !
– Appelez-moi Francie !
– Mmmh... J'aurais plus tendance à vous appeler Esméralda ou Scarlett ! fit-il en m'observant d'un air alangui.
– Vous connaissez Scarlett O'Hara ?! le questionnai-je naïvement. Enfin... Il est vrai qu'elle est très célèbre, à cause du film.
– Certes. Mais je la connais surtout du livre. C'est un de mes classiques ! Et je crois que si j'avais seulement vu le film, j'aurais trouvé cette femme détestable ! Alors qu'elle est loin de l'être... Elle est au contraire très attachante, forte, ... Bon, évidemment, elle est aussi très opportuniste ! Néanmoins, comment peut-on lui en vouloir après toutes les épreuves qu'elle a endurées ?
– C'est une créature de feu et de sang ! Elle est extraordinaire !
– Comme vous... ! »

Je baissai les yeux en me mordant les lèvres et en souriant. Ce petit jeu n'allait plus durer bien longtemps !

« Pardon ! Je ne voulais pas... s'excusa-t-il maladroitement.
– Vous n'avez pas à vous excuser. Je suis très touchée par ce que vous me dîtes. Personne... Auparavant... »

Il se rapprocha de moi et je sentis son c½ur battre la chamade.

« Scarlett... murmura-t-il doucement. »
Il ramena une mèche de mes cheveux derrière mon oreille et caressa le contour de mon visage en retirant sa main. Je relevai les yeux jusqu'à ses lèvres sans plus rien dire. Je haletai, comme si j'étais émue. J'avais presque envie de rire du ridicule que j'offrais, mais je me retins du mieux que je pus.

« Frédéric... Chuchotai-je à mon tour. »

J'approchais de plus en plus mon visage du sien et j'accrochai mes bras autour de son cou. Alors, il m'embrassa fougueusement en essayant d'imiter Rhett Butler, bien que très maladroitement.

Il essaya de se dégager après ce premier baiser langoureux, mais je le retins pour l'embrasser de nouveau. Pourtant, il se raisonna et se libéra de mon étreinte.

« Non ! Je ne peux pas faire ça... Tu es trop jeune. Tu es mon élève en plus !
– Mais... ?! Que faire contre l'amour ? Je ne pourrais rien faire sans toi... Je ne serais plus rien, moi. Et ma jeunesse ne compte pas ; regarde, Rhett et Scarlett ont tellement plus d'écarts que nous ! »

Je continuai à l'embrasser et cette fois, il se laissa faire.
Nos baisers durèrent de longues minutes, au bout desquelles il se dirigea vers la porte pour la fermer à clé. Je vous laisse deviner quelle fut ma récompense... !

Je sais ! Vous allez me blâmer, dire que je suis immorale, mais après tout, c'est un homme, je suis une femme ! Il n'était plus mon professeur pour très longtemps et j'allais être majeure. En outre, nous étions tous les deux parfaitement consentants. Je ne l'ai pas poursuivi en justice et lui n'a jamais regretté d'avoir eu une relation intime avec une de ses élèves. À vrai dire, je ne le considérais pas vraiment comme mon enseignant et lui ne me prenait pas tout à fait pour son élève. Frédéric n'était pas le moins du monde un dépravé : il n'y avait que moi pour le faire céder ! C'est ce qu'il faut que vous compreniez pour être juste, parce qu'il ne mérite pas d'être accusé, alors que je l'ai bien cherché, au contraire !
En tout cas, vous avouerez que j'ai fort bien gagné ce coup de maître ! Au prix de maints efforts, certes, mais surtout pour la réussite de mon ambition ! Et même, pour vous livrer entièrement mon secret, sachez que tout est une question de méthode : la mienne consiste toujours en trois parties ; c'est ce qui lui vaut aussi son succès !

# Enviado em Domingo 12 Março 2006 04:21

Modificado em Terça 10 Julho 2007 12:52

1er Chapitre : Avec de la détermination et un sacré Gilles...

1er Chapitre : Avec de la détermination et un sacré Gilles...
Frédéric s'est montré un compagnon exemplaire, même s'il était un peu naïf ! Je le pensais plus perspicace du fait de sa profession, pourtant je ne lisais en lui qu'un romantisme flou et aveugle ; ne soyons pas trop sévères avec lui : il avait tout de même un don pour séduire les femmes et les contenter ! Il a fait preuve d'une grande tendresse à mon égard... Je n'ai pas vraiment eu à m'en plaindre ! Notre histoire a duré tout juste deux ans, ce qui est fort raisonnable pour une tigresse comme moi ! Ça n'a pas trop mal fini, même s'il a été très déçu par notre rupture. Ni larmes, ni colère : je lui ai simplement expliqué que je n'avais plus d'amour pour lui. Pauvre petit Freddo, il n'y en a jamais eu pour ma part... Alors qu'il pensait que j'étais la femme de sa vie ! Malheureusement pour lui, il s'est carrément trompé de numéro...

En tout cas, bien que mes notes m'assurassent déjà de nombreuses perspectives professionnelles, grâce à lui, mon bulletin fut rempli d'éloges par mes autres professeurs : mon dossier était alors si excellent que je pouvais choisir n'importe quelles études ! Toutes les portes m'auraient été ouvertes !

Bien sûr, je souhaitais continuer dans le stylisme et le modélisme, mais le domaine du management de la mode m'attirait également beaucoup. Si je voulais un jour avoir ma propre entreprise, je devais être capable de tout gérer ! J'avais donc déposé mon dossier à l'ESMOD International de Paris, l'école supérieure des arts et techniques de la mode, et aussi à l'ISEM, l'Institut Supérieur Européen de la Mode. J'étais acceptée dans les deux, seulement, je me voyais très mal choisir l'une ou l'autre. Je fus donc reçue par le directeur de chaque école pour obtenir une demande spéciale d'emploi du temps, afin de combiner les formations. La situation était compliquée, car même si l'ESMOD partageait les locaux avec l'ISEM, les emplois du temps s'entrecoupaient très souvent. J'avais quand même un bon point : j'étais si brillante qu'ils ne pouvaient se résoudre à me laisser partir. Aussi firent-ils une exception pour mon cas, privilégiant les cours de management de l'ISEM pendant la journée tandis que je suivais les cours du soir de l'ESMOD, équivalents de mes autres cours « manquants ». En outre, certaines matières étaient presque identiques, ce qui facilita un peu plus les choses.

Sachant que je devrais partir et vivre à Paris, mon cher Freddo demanda à être également muté là-bas. Sa requête fut entendue, mais il n'eut pas la chance de tomber sur l'un des meilleurs lycées de la région... Il était situé dans la banlieue éloignée du bassin parisien et ses élèves lui en faisaient voir de toutes les couleurs ! Il mettait toujours une heure le matin et le soir entre l'appartement et son travail et ramenait immanquablement une surprise dans son cartable : cartouche éclatée, ½ufs, boules puantes, ... Malgré tous ses malheurs, il était ravi d'être avec moi. Malencontreusement, c'est au milieu de cette première année d'études que je décidai de rompre avec lui. Il tenta bien de me faire revenir sur ma décision, mais il comprit que c'était irrémédiable. Il quitta alors l'appartement pendant mon absence, résolu à ne pas me dire au revoir. Les premiers temps, il m'envoyait de gentils mails pour prendre de mes nouvelles, mais ceux-ci devinrent vite rares ; peut-être parce qu'il avait compris qu'il ne me manquait pas tellement. Il ne me donna bientôt plus aucun signe de vie. Je supposais qu'il s'était finalement fait à l'idée de notre séparation et qu'il avait préféré m'oublier complètement. Néanmoins, sans qu'il fut en cause, je n'eus plus de relation avec le sexe opposé après lui, mes études me prenant tout mon temps et toute mon énergie.

Mes efforts furent payants : je réussis à être la meilleure élève de ma promotion. J'avais préparé pour mon examen final, un projet réunissant mes deux formations : la création d'un nouveau produit et sa réalisation. Comme j'étais spécialisée dans la Nouvelle couture, je m'adaptais en fonction des préférences évidentes qui ralliaient l'international dans la mode pour faire ma robe. Mélange de cultures, de matières et de couleurs, elle fit l'unanimité ! Je reçus alors mon diplôme avec une mention spéciale de la part du jury. Mes trois années se passèrent donc très bien, même si je n'avais pas une seconde pour me détendre. Ce programme intensif m'apprit à me gérer moi-même. Peut-être un peu trop techniquement d'ailleurs : je ne sortais pas le samedi soir avec Martine, préférant lire un livre recommandé par l'un de mes professeurs comme « La mode du XXe siècle » de John Peacock, je n'allais plus au cinéma, je rentrais rarement à Lyon pour voir mes parents. Ma vie sociale était très réduite, car en dehors de la présence de Martine, seuls mes stages me permirent de fréquenter des gens. Bien que, grâce à la place importante de mon père sur le marché de la Bourse et ses connaissances dans le monde des affaires, notamment quelques-unes dans la mode, je bénéficiasse des stages les mieux fréquentés et les plus réputés. Heureusement pour moi, car c'est ce qui m'a aidé à édifier mon propre réseau de relations. Je rencontrai donc Jean-Paul Gautier lors de ma première année, qui se proposa d'être mon parrain, mais encore Kenzo Takada, Aline Buffet et lors de ma troisième année, la plus instructive et la plus intéressante, Christian Dior, Christian Lacroix, Yves Saint-Laurent et Donatella Versace. Chacun d'eux m'apprit à sa manière son savoir-faire et son point de vue sur la mode. Ce sont eux qui m'ont lancée et ont approuvé la finesse de mes premières collections : six mois après ma sortie de l'ESMOD et de l'ISEM, une page spéciale était réservée à ma ligne de vêtements haute couture/grande distribution dans le Marie-Claire de Décembre.

Mon talent fut tout de suite reconnu, notamment par les stars qui me commandaient constamment des tenues pour les grandes soirées. Je n'étais désormais plus considérée comme une simple élève mais pour une « Demoiselle » de la Grande Mode. Je portais désormais un nouveau prénom, le surnom que m'avait donné Frédéric lorsque nous étions ensemble : Scarlett. Je n'étais plus ni Armande-Françoise, ni Françoise, ni Francie ; j'étais bien plus que ça puisque j'étais la brillante Scarlett Charmet !

Les mois suivants, j'investissais dans la construction de locaux modernes pour y installer mon entreprise future. J'ai également acheté un immeuble en plein c½ur de Paris pour le rénover et y établir le premier magasin qui fournirait mes produits. De prêts en prêts, tout le monde craignait la folie de mon projet. Je n'en étais qu'à mes débuts, après tout : je ne pouvais pas prévoir de projets à longs termes pour le moment, mon succès pouvant disparaître aussi vite qu'il avait surgi. Pourtant, ils se heurtèrent tous à ma troublante assurance. J'avais tellement confiance en mon ambition que je suivais mon instinct aveuglément. Mon triomphe ne faiblit pas, mais il n'augmenta pas non plus. J'avoue avoir failli douter de moi-même en ces moments, lorsque l'évolution stagnait et perdurait.

Pourtant, je ne fléchis pas sous la pression, estimant que tant que je ne serais pas complètement fauchée, j'avais encore mon mot à dire. Or, peu de temps après, je rencontrai Gilles.

Il avait beaucoup de tempérament, moi aussi. Il me plus tout de suite et je l'embauchai avant même que mes plans se soient concrétisés. Autant vous dire tout de suite que toute relation amoureuse avec Gilles est impossible : il est homosexuel jusqu'au bout des ongles. Il n'y aucune ambiguïté entre nous, seule une complicité absolue nous lie. C'est peut-être aussi pour cela qu'il est devenu l'homme en lequel j'ai le plus confiance et qui plus est, mon meilleur ami mâle. Gilles a toujours été derrière moi pour me pousser à réaliser mes idées et me conseiller. Ce sont également ses précieux services qui ont fait la jalousie de ma concurrente Sophie Grandier qui a essayé par tous les moyens de le corrompre.

Pour vous présenter Gilles rapidement : c'est un homme assez grand, de peau mâte du fait de ses origines brésiliennes, aux cheveux noirs et aux yeux marron, de 7 ans mon aîné. Il n'a pas de vraie famille, parce que sa mère l'a renié lorsqu'il a fait son « coming-out » et que son père les a abandonnés pendant la grossesse de Madame ; étant fils unique, je suis la seule personne qu'il ait. En ce qui concerne son cursus professionnel, il a également fait des études de mode et un peu de mannequinat. Avant de travailler pour moi, il était conseiller en relookage dans un magasin de cosmétique, mais s'y ennuyait particulièrement. Il voyait toujours les mêmes femmes riches et mal dans leur peau se plaindre de leur physique. Ma proposition d'emploi fut donc une sacrée aubaine pour lui, notamment le cachet inespéré que je lui offrais. Le courant passa tout de suite merveilleusement entre nous, tant et si bien que je le nommais tout de suite mon premier conseiller. Il organisait aussi bien les réunions que mes plannings, à la place des secrétaires. Je lui confiai ces tâches parce qu'il me connaissait mieux que bon nombre de mes employés et que j'étais certaine de sa fiabilité. Je lui devais notamment une part de la réussite des débuts de mon entreprise, grâce à ses bons conseils. Il semble avoir un sens inné de l'organisation ; il avait prévu au jour près le moment où je devais investir pour l'entreprise, les dates de lancement des prochaines collections pour mieux défier la concurrence. Et ça marchait ! Ne me demandez pas comment il fait : je n'en ai aucune idée ! C'est le secret de Gilles... Mais qui n'a pas de petit secret, même pour son âme s½ur ? Je n'ai pas besoin de le lui voler, il m'offre déjà tellement en étant à mes côtés depuis le commencement de ma carrière !

# Enviado em Domingo 12 Março 2006 04:32

Modificado em Terça 10 Julho 2007 10:24