1er Chapitre : Nostalgie

1er Chapitre : Nostalgie
Grâce à lui et à son ingéniosité, mes bâtiments ont rapidement vu l'enseigne « Charmet » s'afficher sur leur façade. Le lancement de la grande boutique à Paris a été un succès total : toutes les personnalités les plus huppées s'y précipitèrent. Je suis ainsi devenue la jeune fille prodigue de la mode, créatrice de haute couture à 22 ans. On ne m'appela plus Scarlett Charmet, mais « Madame Charmet », à qui l'on devait tout le respect d'une victoire si spectaculaire.

Mon triomphe apporta encore plus d'opportunités et d'offres d'emplois. J'embauchai alors des stylistes et malgré mes exigences très strictes, quelques-unes subsistèrent et acquirent une place dans mon entreprise. La plupart étaient plus âgées que moi, sauf une ou deux exceptions ! En effet, je ne prenais que des femmes pour le travail de création. J'estimais que seules les femmes pouvaient être pouvaient avoir un point de vue polyvalent dans la mode. Je retenais mes employées en fonction de cette caractéristique : leur capacité à imaginer aussi bien des lignes de vêtements pour femmes que pour enfants, pour hommes ou encore pour la haute couture, même si ce domaine m'était pratiquement réservé. Toutes montrèrent beaucoup de bonne volonté ; elles travaillèrent très dur pour que nos collections soient finies à temps. Évidemment, je privilégiais particulièrement la section femme, la plus rentable du marché et la plus intéressante. Vous savez, lorsque vous faites de la sociologie de la mode, vous constatez que les femmes sont les pôles de détermination d'un style ; ce sont aussi celles qui influencent toutes les autres personnes de la société à acheter. C'est elles qui font la mode, en clair... Il faut surtout plaire aux femmes prestigieuses pour prospérer dans le milieu de la mode. C'est en comprenant cela que j'ai pu si bien réussir, vous verrez.
Au bout d'un an, nous pûmes élargir les gammes jusqu'à la lingerie, la maroquinerie, les accessoires et les cosmétiques : je signais des contrats avec d'autres entreprises pour des partenariats. Des salons de coiffure, des cabinets d'esthétique et d'autres magasins Charmet ouvrirent à travers toute la France. Je finançais dans toutes les institutions visant à améliorer le physique. Certains trouvaient cela superficiel de ma part et pensaient que je souhaitais seulement me remplir les poches en instaurant un mode de vie basé sur la beauté du corps et non celle de l'esprit. J'étais donc très critiquée par les intellectuels... Pourtant, mon triomphe était complet !

Je n'arrivais cependant pas à la première place mondiale. Tout le monde se contentait de la prospérité du moment alors que je craignais l'avenir. Il fallait des solutions bien plus coriaces pour consolider définitivement les bases sûres que j'avais établies...


Un jour, alors que je me morfondais encore au fond de mon fauteuil à chercher une solution, Gilles m'apporta gentiment un thé au citron « pour soulager mes nerfs », comme il disait si souvent.

« Merci, Gilles...
– Madame ? me demanda-t-il brusquement.
– Oui ?
– Si je puis me permettre... proposa-t-il d'un ton incertain.
– Bien sûr, n'hésite pas !
– Et bien, sachez que si vous continuez à vous tourmenter avec vos histoires d'échec, vous allez plus perdre la tête qu'autre chose ! lança-t-il, presque furieux. Sortez donc pour vous changer les idées ! C'est comme ça que l'imagination voit ses ailes poussées !... Ne vous inquiétez de rien, je m'occuperai de tout ici pendant votre promenade... Mais faites-moi le plaisir de déguerpir immédiatement de ce fauteuil ! Voyons ! Ne perdez pas votre temps ainsi et vivez ! »

Je n'avais pas vraiment envie de me laisser faire, ne serait-ce que parce que résister me permettait d'échapper à l'ennui. Mais Gilles avait tout de suite su trouver les mots justes et le ton approprié à ses paroles. Je suis donc sortie de mon bureau, avec au passage une foule de salutations de chacun de mes employés, puis des journalistes qui m'attendaient devant la porte pour essayer d'obtenir une interview. Un de mes gardes du corps a sifflé un taxi pour moi lorsque j'arrivais dans le hall d'entrée et je suis montée dans la belle Rolls-Royce blanche.

« Conduisez-moi au Parc des Tuileries s'il vous plaît. »

Le chauffeur s'exécuta sur le champ. D'abord coincée dans les embouteillages habituels de Paris, j'arrivai là-bas une demi-heure plus tard.

De partout, on pouvait voir des pigeons se battre pour quelques miettes de gâteau. Des enfants essayaient de les faire déguerpir de leur terrain de jeux, mais les volatiles n'en faisaient qu'à leur tête et ne s'offusquaient même pas des coups de pieds qu'on leur lançait. Je m'assis seule sur un banc, regardant au loin dans le vide. Je n'avais vraiment rien à faire ici. Je me levai pour marcher un peu. Les seules autres personnes présentes dans le parc étaient essentiellement des gens âgés et des mères au foyer venues promener leurs enfants et rencontrer des amies pour discuter. Je me demandais pourquoi j'étais venue là. Si les gamins peuvent avoir des réactions étonnantes, ceux-là n'allaient certainement pas me souffler une solution, à moins qu'il n'y ait eu un ange gardien parmi eux... Je compris tout à coup que ce n'était incontestablement pas là que j'aurais pu obtenir des réponses. Je devais m'entourer de plus de monde pour ça !

Je retournai donc auprès de mon chauffeur et lui demandai de m'emmener sur le boulevard Haussmann, à côté des Galeries Lafayette. Encore une fois, je subissais le chaos du trafic parisien pour me rendre là-bas. Mais une fois sur place, je pénétrai dans l'atmosphère familière de l'abondement de créativité, de monde, de senteurs, bref, de tout. Cette sensation me réjouissait étant gamine et cela n'avait absolument pas changé. Les souvenirs de ces sentiments m'amusaient, me procuraient un plaisir indéfinissable, si délicieux que j'oubliai ma solitude. Voilà pourquoi je travaillais, voilà vers quoi portait ma passion. La décoration me convainquit pleinement de mes objectifs. Il me semblait que la chance flottait au-dessus de ma tête, sans pour autant me toucher. Agacée par ce drôle de sentiment, l'impression d'être entre deux états stables, je m'enfonçai au milieu de la foule et des couleurs. Une dizaine de pas plus loin, je me décidai à entrer dans une des boutiques. À peine étais-je sur le seuil du magasin qu'une jeune femme, apparemment de deux ou trois ans mon aînée, se rendit à ma rencontre et me proposa délicatement de me conseiller. En moins de dix secondes, elle fut capable de me poser toutes les questions nécessaires qui pouvaient la renseigner sur mes besoins acheteurs, sans pour autant me brusquer. Excellente vendeuse, pensais-je. Son absence d'agressivité, son aisance sociale et sa douceur la rendaient confiante et donc plus susceptible de vendre.

« Je regarde, ... Merci, lui répondis-je d'un air entendu. »

Elle s'éloigna en souriant en prenant bien soin de me préciser que si j'avais une question ou besoin de quoi que ce fût d'autre, elle était à mon entière disposition.

# Enviado em Domingo 12 Março 2006 05:29

Modificado em Terça 10 Julho 2007 18:26

1er Chapitre : Une super Boss

1er Chapitre : Une super Boss
Mes pensées se brouillaient. Je ne savais pas bien ce que je voulais et ce que je pouvais faire pour le savoir. Il valait mieux que je suive mon intuition, quitte à tourner en rond pendant des heures. Je sortis donc du magasin pour parcourir à nouveau les grandes allées colorées. Ce qui semble naturel à tout le monde au premier coup d'½il et est pourtant étonnant, c'est que chaque commerce a sa propre méthode d'exposition, sa propre palette de couleurs, son propre style ; certains se marquent plus que d'autres, bien sûr. Mais c'est ce qui fait tout le succès d'une marque ou d'une autre. L'originalité n'est pas forcément la caractéristique la plus fondamentale, du moment qu'on sait conquérir le public par des moyens détournés et sa touche personnelle. Moi, je ne savais pas comment y parvenir, mais je voulais être au-dessus de cela, je voulais inscrire un nouveau mode de vie, une manière de s'émanciper et de se fondre dans la masse. À côté de moi, il y avait une grande affiche publicitaire pour un rouge à lèvres, où une belle femme se pavanait dans une posture manifeste. Grotesque en un sens, mais d'un autre, cette pin-up faisait beaucoup envie, envie de pouvoir faire la même chose, d'être aussi belle et de se l'entendre dire.

La publicité ! C'est ça qui fait la promotion d'une marque, de ses produits. La seule méthode qui fonctionne pour séduire efficacement les consommateurs. La plus efficace des inventions humaines ? Lorsqu'on voit ce qu'elle a pu changer dans l'histoire, ce qu'elle a communiqué aux sociétés, je suis tentée de dire que oui, c'est la plus valable des créations de l'homme. Parce qu'elle influe directement sur l'esprit de l'ensemble des hommes, qu'elle fait en sorte de s'adresser à un individu particulier pour conformer toute la collectivité. Une man½uvre ingénieuse qui, si elle fait d'un homme un type, a tout de même le mérite d'éviter les problèmes relationnels. L'espace d'un instant, je songeai donc à toutes les possibilités de la publicité. Mais pourquoi vouloir user encore de ce qu'on connaît déjà par c½ur ? Tous mes rivaux l'emploient sans se demander s'il n'y a pas une meilleure solution. Dès lors, je compris ce qui me tracassait : c'était cela, que je voulais tant surpasser... La publicité !

Soudain, l'Idée me traversa l'esprit. Vraiment une bonne Idée ? Pour être sûre de cela, il valait mieux que je demande à Gilles. Je me retournai alors pour partir, mais juste avant de sortir de la galerie marchande, je me dirigeai vers la boutique dans laquelle j'étais allée. Je m'adressai de nouveau à la charmante vendeuse.

« Puis-je vous demander un conseil ? lui demandai-je doucement.
– Bien sûr, Madame.
– Est-ce que vous pourriez m'aider à choisir un cadeau pour un homme d'une trentaine d'années ?
– Naturellement ! Vous connaissez son genre ?
– Assez, mais j'aimerais innover. Qu'est-ce qui pourrait lui plaire, sachant qu'il est homosexuel ?
– Est-il précieux ou viril ?
– Viril ! Il n'y a aucun doute là-dessus ! Personne ne pourrait se douter qu'il est homosexuel même s'il refusait publiquement les avances d'une très belle femme !
– Oh... Je vois ! Et bien, nous avons cela, ou encore cela, fit-elle en me désignant des chapeaux et des écharpes. C'est la nouvelle tendance de la saison.
– C'est bien ça ! m'exclamai-je en montrant un béret rouge orangé avec une surpiqûre rouge. Mais... Vous n'auriez pas plus original ?
– C'est-à-dire ? demanda-t-elle, décontenancée.
– Entre nous, il faut bien avouer que le choix est large par ici et pourtant pas vraiment piquant... Non ? Enfin, je ne sais pas... Vous connaissez « Charmet » ? Vous aimez bien ? Oh, vous n'êtes pas obligée de répondre si cela peut vous valoir votre place... !
– Oh si, je connais ! Même très bien : je vais acheter tous mes vêtements là-bas, mis à part mon uniforme de travail bien sûr ! ajouta-t-elle à voix basse. C'est une marque de grande qualité, assez chère, mais raisonnable vu le résultat de ses produits finis. Vraiment je trouve que c'est génial !
– C'est vrai ? fis-je en souriant. Et vous préfèreriez y travailler plutôt qu'ici ?
– Pour sûr !
– Mademoiselle, je vous embauche ! »

Je lui serrai la main, lui donnai ma carte de visite et lui dit de se présenter à mon magasin à 8h pour le lendemain, sans qu'elle comprît ce qui lui arrivait. Puis je m'éclipsai avant qu'elle me propose autre chose à acheter !


J'étais à l'évidence en pleine forme pour avoir réussi en moins de 5 minutes à embaucher une vendeuse vraiment compétente. Pourtant, au lieu de retourner au bureau satisfaite par cette belle manoeuvre, je poursuivis ma promenade dans le centre-ville. Mon Idée mûrissait au fur et à mesure de mes pas et m'enthousiasmait encore plus...

Me laissant guider par le hasard, je me retrouvai en fin d'après-midi devant le parvis de Notre-Dame. La place était magnifique et me rappelait à quel point j'avais aimé le roman de Victor Hugo et pourquoi elle me semblait si mythique. Je me dirigeais alors vers les jardins de la Cathédrale et me posais sur un banc pour réfléchir, comme d'habitude. Mine de rien, c'est très apaisant et cela permet de réfléchir sans vraiment réfléchir. Je m'explique : notre solitude nous incite à songer à nos problèmes, mais notre situation, c'est-à-dire le fait qu'on se trouve en plein milieu d'un square où d'autres gens se promènent, nous invite d'un autre côté à observer notre entourage. On a donc deux choix de réflexion. Celui de se tourner vers soi-même ou celui de se tourner vers les autres.

# Enviado em Segunda 13 Março 2006 10:55

Modificado em Terça 10 Julho 2007 12:33

1er Chapitre : Aider une inconnue

1er Chapitre : Aider une inconnue
Pour une fois, plutôt que de penser à moi, j'observais les personnes autour de moi, des passants et des visiteurs. C'est ainsi que je vis une femme entrain de pleurer doucement, assise deux bancs plus loin et que ma vie fut aussi bouleversée que la sienne. Je lisais sur son visage une tristesse résignée qui me fit bien mal au c½ur. Moi aussi j'avais presque cédé à la fatalité étant adolescente et pourtant, je lui avais résisté, je m'étais battue de toutes mes forces et j'avais gagné ! Emportée par cette vague de passion que mon enfance réveillât en moi, je me rapprochai pour me trouver juste en face d'elle sans qu'elle ne le remarque.

« Excusez-moi... » intervins-je.

Elle releva sa figure mouillée et abîmée par le sel de ses larmes. Elle l'essuya du revers de la manche et écarquilla ses grands yeux bleus.

« Euh... Pardon. Oui ?
– J'étais assise là-bas et je vous ai vue, commençai-je d'un ton embarrassé. Je vous prie de tolérer mon indiscrétion : vous m'avez fait tant de peine. Je voulais simplement savoir si je pouvais vous aider en quoi que ce soit...
– Oh ! s'étonna-t-elle. C'est... Gentil... Ne vous inquiétez pas pour ça, je ne vous en veux pas. D'habitude, personne ne me remarque ! Je suis invisible pour tout le monde... Je ne crois pas que vous puissiez m'aider, mais je vous remercie quand même...
– Vous savez, on peut aller mieux rien qu'en se confiant et il est parfois plus simple de parler à quelqu'un d'inconnu, plutôt qu'à un proche. Vous n'êtes pas d'accord avec ça ?
– Je n'en sais rien du tout, à vrai dire. Je ne l'ai jamais fait.
– Et bien si vous en avez envie, et je ne veux surtout pas vous forcer la main, je suis prête à vous entendre. »

Au début, elle se tut, comme si elle se raisonnait pour ne rien avouer. Mais très vite, elle parut ressentir ce besoin de tout dire avec empressement et dévotion. Elle me rapporta tout ce qui faisait son malheur et ne lui donnait plus envie de vivre. Comme la vieille femme l'avait fait avec moi, j'écoutais attentivement et patiemment sans faire la moindre remarque.
Elle aimait un homme depuis des années, depuis qu'elle était entrée à l'hôpital où ils travaillaient ensemble. Elle ne voyait que lui, alors qu'il ne l'avait même pas remarquée. Elle était certaine que son sentiment n'était pas réciproque, qu'elle finirait mieux vieille fille qu'avec un autre homme. Pourtant, elle voulait tant avoir des enfants pour les cajoler avec un bon mari, ne pas être toute seule et perdue. De toute façon, elle n'était ni téméraire, ni jolie. Personne ne l'avait jamais aimé, à part sa mère. Ce jour-là, c'était son trente-troisième anniversaire et le pire de sa vie : son père lui avait fait remarqué publiquement son vieillissement et sa difficulté à se trouver quelqu'un pour fonder sa propre famille. Comme si elle n'en avait pas elle-même conscience !

Pendant plus d'une heure, elle continua son récit.

« Je suis désolée, je n'avais pas vu l'heure ! s'excusa-t-elle. Comme j'ai dû vous ennuyer !
– Non, non, vous avez fait ce qui était nécessaire. Rassurez-vous, ce fut très instructif ! Maintenant, venez avec moi ! »

Je la conduisis jusqu'au métro et l'emmenai à la station la plus proche de mon magasin. Une fois arrivées là-bas, je la poussai à l'intérieur, sans faire attention à toutes les salutations habituelles à l'entrée. Je l'entraînai ensuite jusqu'à l'étage « femme » et m'adressai à l'une de mes vendeuses.

« Puis-je vous demander d'apporter la robe Turquoise des Îles, avec les accessoires, ainsi que la Printanière Sablée, l'Ensoleillée Bourgeoise et la Campagnarde Violatée ? »

Elle ne se fit pas prier deux fois et bondit me chercher les tenues dans toutes les tailles disponibles.

J'accompagnai mon âme en détresse jusqu'à une cabine et lui dit d'attendre. Lorsque mon employée revint, je fourrais tous les vêtements sur l'étagère.

« Allez-y ! essayez ! »

Elle essaya toutes les tenues avec les accessoires correspondants et prit du plaisir à se sentir belle et à l'aise. À chaque essai, je lui donnais mon avis et je rajoutais un ou deux détails qui eussent pu améliorer la tenue. Je la complimentai et elle sentait que j'étais sincère. C'était une femme qui ne savait pas se mettre en valeur, c'est tout.

Encore une fois, je visais juste sur ce qui pouvait lui aller et lui offrait la robe Printanière, celle qu'elle portait le mieux. Avec le chapeau, les bijoux et les mules assortis, elle était ravissante. J'en profitai pour la faire passer à mon salon de coiffure et redonner du brillant à sa chevelure. Sans oublier le maquillage. Bref, le relookage parfait, fait maison, par la patronne de l'entreprise. Que demander de mieux pour son anniversaire ?

# Enviado em Terça 14 Março 2006 12:58

Modificado em Terça 10 Julho 2007 17:16

1er Chapitre : "Celle qui les dépasse toutes !"

1er Chapitre : "Celle qui les dépasse toutes !"
Lorsqu'elle se regarda dans le miroir, elle se vit enfin telle qu'elle voulait se voir et non pas comme elle voulait que les autres la voient ; elle ne fut donc pas trop surprise. Ça lui allait bien mieux que n'importe style, parce que c'était le sien. Je le perçus tout de suite. Mais elle n'en revenait pas : j'avais su la comprendre en si peu de temps ! Je réalisai moi-même autre chose : un nouveau don, celui de sentir la vraie nature des gens.

« Mais... Vous êtes un ange tombé du ciel ?!
– Si vous le prenez comme ça, je n'ai pas à me plaindre ! »

Elle éclata de rire et son amusement sembla rayonner autour d'elle. Les gens se retournèrent vers elle et la dévisagèrent, surpris par tant de beauté.

« Puis-je vous posez une question ? lui demandai-je en lui tendant les nombreux sacs remplis.
– Tout ce que vous voulez !
– Quel est votre nom ?
– Emilia Bresson. Mais appelez-moi Emilia ! insista-t-elle en me serrant la main.
– Tenez, voici ma carte de visite, ajoutai-je. Je peux vous faire confiance... Je n'aime pas vraiment faire la promotion de mes générosités... Mais j'aimerais que nous gardions contact ! »

Elle glissa le carton dans son portefeuille et ferma son sac pour partir.

Elle me quitta ravie, totalement changée en comparaison du premier instant où je lui avais parlé. Désormais, on voyait une femme mûrie, qui avait repris plus d'assurance en elle-même que jamais auparavant. Tout ça se lisait ne fusse que dans ses yeux.

Alors que je la regardai s'en aller, quelqu'un sorti de l'ombre en applaudissant. C'était Gilles, qui affichait un immense sourire.

« Patronne, vous m'étonnerez toujours.
– Pourquoi ? Je n'ai pas fait grand chose, fis-je modestement.
– Peut-être pas pour vous, mais pour elle, je pense que si. Vous avez été remarquable.
– Oh ! Mais ça ne date pas d'hier, voyons ! »

Je me tournai vers lui pour lui adresser un clin d'½il.

« Pour tout te dire, Gilles, j'ai un projet en tête. Elle m'a aidé à tester certaines possibilités... Je pense que ça peut fonctionner...
– Ah oui ?
– Mais j'attendais tes lumières avant de vraiment me lancer. Je compte trop sur ton opinion.
– Quel honneur ! Tiens, ça me rappelle une chose : savez-vous qui donc est venu me rendre visite ?
– Non ?
– Madame Grandier.
_ Sophie ? Pff... Ça ne m'étonne pas tellement ! Elle a dû mettre des espions partout pour connaître toutes mes allées et venues... Que te voulait-elle ?
– Elle m'a proposé un emploi chez elle. Le double de ma paye d'ici. Vous devinez quelle fût ma réponse : j'ai été tout droit lui montrer la porte.
– Et elle s'est laissée faire ?
– Elle m'a dit que j'étais fou ! À plusieurs reprises ! Enfin... Elle m'a quand même demandé pourquoi je tiens tant à mon travail chez vous.
– Que lui as-tu répondu ?
– Que j'avais des valeurs morales et que si je me laissais corrompre, alors elles s'effaçaient. En clair, que c'était également dans son intérêt, car, à supposer que j'eusse accepté son marché, qui aurait pu dire si ensuite je ne l'aurais pas quittée tout de suite après pour une meilleure offre de votre part ?
– Je suppose qu'elle n'a rien ajouté, qu'elle était furieuse et qu'elle a immédiatement pris la porte comme tu le lui as poliment conseillé.
– J'ai d'abord précisé que je préférais l'originalité de Madame.
– Gilles ! C'est trop de gentillesse ! Tu es une vraie crème !
– Mais c'est bien sincère, sinon je vous aurais fait comprendre mon désaccord depuis bien longtemps.
– Ah, vraiment ! Tu es sacré ! Et ce coup-là fait encore plus montre de ta valeur !
– Je n'épargne jamais l'occasion de faire valoir vos principes et surtout votre dicton préféré : « Ne prenez pas les gens pour des cons, mais n'oubliez pas qu'ils le sont. »
– Tout juste, Gilles ! Pour ma bonne humeur et ton si grand talent, je t'accorde une promotion !
– Une meilleure position que celle que j'ai déjà ?
– Oui : tu vas bientôt en avoir une toute nouvelle !
– Merci, mais je préfère ma place à la vôtre!
– Aha ! Ne te fais pas de soucis, ce sera de nouvelles affaires. Et je suis sûre qu'elles te plairont beaucoup ! D'ailleurs : demain, il faudra accueillir à 8h une nouvelle pour la vente. Je l'ai embauché tout à l'heure. Si tu pouvais t'occuper d'elle, je serais plus rassurée, mais tu as déjà tellement de travail ! Il se fait tard, il vaut mieux que tu rentres chez toi, nous en parlerons plus tard.
– Bon Dieu ! Vous allez me faire crever d'impatience ! se plaignit-il.
– Crois-moi, j'aurais bien voulu en discuter avec toi, mais il faut que j'aille voir Martine ce soir ! Elle m'a invitée... Et le petit arrive bientôt !
– C'est vrai !... Dans ce cas, je ne vous en veux pas trop ! Transmettez à Martine mes salutations et vous, passez une bonne soirée ! Vous en avez bien besoin !
– Ne sois pas trop déçu... Hein ? Tu verras, tu le sauras bien assez tôt ! Et tu auras tous les détails : c'est bien mieux que de n'avoir qu'un misérable petit morceau... »

Il acquiesça et me prit par les épaules pour me faire la bise.

« Vous savez ... Je pense que si j'avais aimé les femmes, vous auriez été celle qui les dépasse toutes !
– À ce point ?
– Bien largement ! »

Je m'éloignai de lui avec la plus grande satisfaction...

# Enviado em Quarta 15 Março 2006 03:09

Modificado em Terça 10 Julho 2007 17:43

2ème Chapitre : Martine & Sébastien

2ème Chapitre : Martine & Sébastien
En sortant du lycée, Martine m'avait suivie jusqu'à Paris et avait fait une école d'infirmière. On avait habité en colocation à partir du moment où je m'étais séparée de Frédéric. Ce système fonctionnait très bien entre nous. Cela nous avait permis de rester liées et ce, malgré les différences flagrantes de nos études respectives. Elle s'intéressait à mon travail et moi, je l'aidais à réviser ses cours lorsqu'elle n'était pas en stage. Je ne ramenais presque pas d'hommes à l'appartement, études intensives obligent, et Martine, qui l'aurait pu davantage, le faisait encore moins. Elle me disait rêver sagement du prince charmant plutôt que de batifoler avec des ignares. Pour moi, c'était une façon de voir la vie d'un autre point de vue que le mien, mais je respectais tout à fait cela.

Elle était partie peu de temps après avoir reçu son diplôme, alors qu'elle connaissait Sébastien depuis tout juste un an. Jeune homme de 7 ans son aîné, donc forcément un sage selon elle, il était apprenti-chirurgien à l'hôpital où elle travaillait. Le départ de Martine me fit beaucoup de peine, mais je ne l'avais jamais vue aussi heureuse que dans les bras de son Sébastien. Un an après leur premier face-à-face, ils s'étaient mariés. Ce fut un très beau mariage ! Un jour où le temps était d'ailleurs radieux. J'avais eu non seulement l'honneur d'être témoin, mais aussi de faire la robe de mariée de Martine. Et je peux avouer sans fausse modestie que grâce à ça, pour cette journée si particulière, ma meilleure amie fut vraiment très belle.

Le jour où je m'étais rendu à cette soirée chez eux, cela faisait deux ans qu'ils étaient époux et Martine était enceinte de 7 mois d'un petit garçon. Sa grossesse m'avait même inspiré une nouvelle collection et des gammes spéciales « future maman ». L'annonce de sa future maternité m'avait fait beaucoup songer aux enfants et j'espérais moi aussi pouvoir être mère dans les prochaines années. Mais j'étais encore loin d'avoir trouvé l'homme idéal pour m'y mettre ! Et à 23 ans, ce n'était pas encore catastrophique. Ma carrière comptait davantage à ce moment-là et je pense que j'avais bien raison de me concentrer dessus.

Ce soir-là donc, j'avais été invitée pour les 30 ans de Sébastien. Et bien qu'il ne m'ait jamais beaucoup appréciée, Martine avait insisté pour que je sois présente. Sa douceur et son amabilité lui faisaient au moins obtenir tout ce qu'elle désirait. Il est clair qu'on ne peut pas dire de Martine qu'elle force les choses en fonction de son intérêt. Elle est beaucoup plus subtile que ça ! C'est le genre de femme intelligente qu'il vaut mieux avoir dans son camp, à mon avis.

J'étais assez fatiguée en y allant, je voulais pourtant voir ma chère Martine qui savait si bien me consoler quand quelque chose allait mal. Bien sûr, tout allait bien pour moi puisque mon esprit était en pleine effervescence. Cela n'empêchait mon envie de la voir, rayonnante et joyeuse avec son ventre rond qui prenait toute la place. Je me dépêchais de rentrer chez moi pour me doucher, me changer et déguerpir sans oublier les paquets. J'offrais un DVD à Sébastien, ainsi qu'un de mes polos noirs « Spécial Papa » sur lequel était brodée une paire de petits chaussons blancs avec un « S » et un « C » sur le bord droit et l'inscription « Papa... » dans le dos. J'espérais que cela lui plairait malgré tout : il n'était pas très branché « mode », surtout lorsque cela me concernait. Enfin, j'estimais lui faire là de beaux cadeaux ; je ne me préoccupai pas davantage de son attitude avec moi. Je n'avais également pas pu résister à l'envie de confectionner un nouveau petit ensemble pour le bébé. J'attendais avec autant d'impatience que le couple l'arrivée de leur fils. J'étais certaine que leur petit garçon faciliterait les rapports entre moi et son père, au plus grand plaisir de Martine.

# Enviado em Quarta 15 Março 2006 03:19

Modificado em Terça 10 Julho 2007 12:38