« C'est Francie !
– OK. »
Sébastien avait l'air enchanté de ma venue... Comme toujours !
Je montai l'escalier jusqu'au troisième étage et là, Martine se précipita vers moi les bras tendus pour me serrer contre elle. Son ventre s'était encore élargi depuis la dernière fois que je l'avais vu, il y avait trois semaines. Et bien que je m'y attendais beaucoup, je fus très surprise.
On se fit la bise et elle me retira mon manteau des épaules avant de filer l'accrocher dans un petit cagibi. Elle revint rapidement, toute essoufflée.
« Ma chérie ! Comment vas-tu ? Oh ! C'est pour Sébastien ?! s'écria-t-elle lorsque je lui donnai les cadeaux. C'est si gentil de ta part ! Et ça, c'est pour le bébé ? Merci !! Tu es un ange ! »
J'avais à peine eu le temps de bredouiller un petit « Oui. » ! Cette vivacité, qui s'était notamment accrue depuis le début de sa grossesse, était totalement délirante parfois et c'était une chose qui m'avait toujours fait rire chez elle, parce que personne n'était capable de prévoir ce qu'elle s'apprêtait à faire l'instant d'après. Sébastien ne devait sûrement jamais s'ennuyer !
Les parents de Sébastien étaient présents, ses frères et s½ur aussi, ainsi que ceux de Martine et sa petite s½ur, Nathalie. J'étais la seule « étrangère » de la famille. Heureusement pour moi, Jeannine, Robert et Nathalie m'affectionnaient particulièrement, autant que Martine, et considéraient presque je faisais partie de leur famille. Mais désormais, tous me craignaient beaucoup. Ma réputation de femme d'affaire implacable m'avait suivie et l'on me parlait avec plus de respect qu'aux autres. J'avais acquis une puissance que leur conscience exagérait et cependant me valait la paix. Mes parents étaient assez différents de ceux de Martine, parce que les siens ne s'intéressaient pas spécialement à moi pour mon travail, au contraire, parce que j'avais du talent et des connaissances qu'ils n'avaient pas et qui leur plaisaient. Les repas de famille chez moi n'étaient jamais très gais, on parlait soit des enfants des autres, soit du travail, soit de la politique. Les discussions n'étaient pas totalement fades, mais elles étaient assez quelconques et surtout, elles ne changeaient pas au fil du temps. Ce que je trouvais plutôt exaspérant. En outre, il était interdit de discuter avant d'avoir mangé, comble du ridicule selon moi.
À l'opposé des rituels familiaux chez moi, tout le monde se mit à table et les conversations commencèrent tout de suite à affluer. Au début, on me demanda plusieurs fois « Comment vont les affaires ? » et « Que prévois-tu d'autre ? » à des intervalles différents. Je répondais alors calmement toujours les mêmes réponses, inlassablement. Martine, un peu peinée pour moi, resta très attentionnée à mon égard et veilla à ce que je ne m'ennuyasse pas. Les dialogues évoluèrent cependant très vite et nous parlâmes de films, de théâtre, de littérature t même... Un peu de mode !
« J'ai lu dans un magazine que l'entreprise Charmet est encore la plus montante, pour la deuxième année consécutive. C'est le record des meilleurs débuts pour une entreprise ! Je ne sais pas comment tu as fait, mais tu dois être vraiment très douée Francie... Pardon ! Je suppose que tout le monde t'appelle Scarlett maintenant, me dit Nathalie.
– Oui, mais ici, je n'en fais pas usage : je suis avec des proches ! la rassurai-je. Dis-moi Sébastien, ... J'ai entendu parler d'un gros accident : une histoire de car scolaire, il me semble. Ça a dû être éprouvant ces derniers temps ! Tu n'as pas trop de mal à t'occuper de Martine ?
– Oh ! Voyons, je peux très bien m'occuper de moi toute seule, tu sais ! protesta cette dernière.
– Non, Scarlett a raison..., l'interrompit-il. C'est vrai que je ne peux malheureusement pas disposer de tout le temps qu'il me faudrait pour chouchouter ma belle ! Elle s'en sort pourtant très bien... Mais tu devrais lui rendre visite plus souvent, je pense. Vous avez plein de choses à vous dire ! Et ça l'occupera. Tu as plus de temps que moi, n'est-ce pas ? Tes fournisseurs de froufrous peuvent attendre, hein ? »
J'éclatai de rire ! C'était bien la seule personne capable de me défier de cette manière. Quelle audace ! Il aurait mérité que je sorte les griffes. Les autres autour de la table nous regardaient tous les deux, terrifiés. Ils craignaient que je ne lui sautasse dessus pour l'éventrer, cela se lisait dans leurs yeux. Seule Martine riait elle aussi. Elle n'avait pas encore bien saisi la tension qui existait entre son mari et moi. Ou peut-être essayait-elle simplement de l'éviter.
Sébastien ne m'aimait pas vraiment et c'était réciproque, mais je trouvais en lui un adversaire à ma hauteur. Je savais qu'il me désirait fortement, malgré le fait qu'il soit marié et que lui, contrairement à la plupart des autres hommes, n'avait pas peur de m'approcher. Pour lui, je ne représentais pas le bijou que d'autres convoitaient seulement du regard comme si j'étais intouchable. Il avait conscience que c'était mon charme et mes pouvoirs de séduction qui provoquaient cet effet et il avait surtout envie de me fuir comme si j'étais le Diable. Néanmoins, résister constituait un défi pour lui, une façon de me livrer bataille sans se trahir lui-même. J'aurais pu le perdre, si j'avais voulu, à force de travailler ses hormones ! Seulement, c'était d'abord le mari de Martine et je n'aurais jamais failli à sa confiance.




