2ème Chapitre : La Guerre froide

2ème Chapitre : La Guerre froide
J'arrivais donc un peu plus tard devant le grand immeuble blanc de banlieue parisienne où ils logeaient et j'appuyai aussitôt sur le bouton à côté de l'étiquette « M. et Mme Bruyère ». La sonnette retentit. Je m'approchai de l'interphone.

« C'est Francie !
– OK. »

Sébastien avait l'air enchanté de ma venue... Comme toujours !

Je montai l'escalier jusqu'au troisième étage et là, Martine se précipita vers moi les bras tendus pour me serrer contre elle. Son ventre s'était encore élargi depuis la dernière fois que je l'avais vu, il y avait trois semaines. Et bien que je m'y attendais beaucoup, je fus très surprise.

On se fit la bise et elle me retira mon manteau des épaules avant de filer l'accrocher dans un petit cagibi. Elle revint rapidement, toute essoufflée.

« Ma chérie ! Comment vas-tu ? Oh ! C'est pour Sébastien ?! s'écria-t-elle lorsque je lui donnai les cadeaux. C'est si gentil de ta part ! Et ça, c'est pour le bébé ? Merci !! Tu es un ange ! »

J'avais à peine eu le temps de bredouiller un petit « Oui. » ! Cette vivacité, qui s'était notamment accrue depuis le début de sa grossesse, était totalement délirante parfois et c'était une chose qui m'avait toujours fait rire chez elle, parce que personne n'était capable de prévoir ce qu'elle s'apprêtait à faire l'instant d'après. Sébastien ne devait sûrement jamais s'ennuyer !

Les parents de Sébastien étaient présents, ses frères et s½ur aussi, ainsi que ceux de Martine et sa petite s½ur, Nathalie. J'étais la seule « étrangère » de la famille. Heureusement pour moi, Jeannine, Robert et Nathalie m'affectionnaient particulièrement, autant que Martine, et considéraient presque je faisais partie de leur famille. Mais désormais, tous me craignaient beaucoup. Ma réputation de femme d'affaire implacable m'avait suivie et l'on me parlait avec plus de respect qu'aux autres. J'avais acquis une puissance que leur conscience exagérait et cependant me valait la paix. Mes parents étaient assez différents de ceux de Martine, parce que les siens ne s'intéressaient pas spécialement à moi pour mon travail, au contraire, parce que j'avais du talent et des connaissances qu'ils n'avaient pas et qui leur plaisaient. Les repas de famille chez moi n'étaient jamais très gais, on parlait soit des enfants des autres, soit du travail, soit de la politique. Les discussions n'étaient pas totalement fades, mais elles étaient assez quelconques et surtout, elles ne changeaient pas au fil du temps. Ce que je trouvais plutôt exaspérant. En outre, il était interdit de discuter avant d'avoir mangé, comble du ridicule selon moi.

À l'opposé des rituels familiaux chez moi, tout le monde se mit à table et les conversations commencèrent tout de suite à affluer. Au début, on me demanda plusieurs fois « Comment vont les affaires ? » et « Que prévois-tu d'autre ? » à des intervalles différents. Je répondais alors calmement toujours les mêmes réponses, inlassablement. Martine, un peu peinée pour moi, resta très attentionnée à mon égard et veilla à ce que je ne m'ennuyasse pas. Les dialogues évoluèrent cependant très vite et nous parlâmes de films, de théâtre, de littérature t même... Un peu de mode !

« J'ai lu dans un magazine que l'entreprise Charmet est encore la plus montante, pour la deuxième année consécutive. C'est le record des meilleurs débuts pour une entreprise ! Je ne sais pas comment tu as fait, mais tu dois être vraiment très douée Francie... Pardon ! Je suppose que tout le monde t'appelle Scarlett maintenant, me dit Nathalie.
– Oui, mais ici, je n'en fais pas usage : je suis avec des proches ! la rassurai-je. Dis-moi Sébastien, ... J'ai entendu parler d'un gros accident : une histoire de car scolaire, il me semble. Ça a dû être éprouvant ces derniers temps ! Tu n'as pas trop de mal à t'occuper de Martine ?
– Oh ! Voyons, je peux très bien m'occuper de moi toute seule, tu sais ! protesta cette dernière.
– Non, Scarlett a raison..., l'interrompit-il. C'est vrai que je ne peux malheureusement pas disposer de tout le temps qu'il me faudrait pour chouchouter ma belle ! Elle s'en sort pourtant très bien... Mais tu devrais lui rendre visite plus souvent, je pense. Vous avez plein de choses à vous dire ! Et ça l'occupera. Tu as plus de temps que moi, n'est-ce pas ? Tes fournisseurs de froufrous peuvent attendre, hein ? »

J'éclatai de rire ! C'était bien la seule personne capable de me défier de cette manière. Quelle audace ! Il aurait mérité que je sorte les griffes. Les autres autour de la table nous regardaient tous les deux, terrifiés. Ils craignaient que je ne lui sautasse dessus pour l'éventrer, cela se lisait dans leurs yeux. Seule Martine riait elle aussi. Elle n'avait pas encore bien saisi la tension qui existait entre son mari et moi. Ou peut-être essayait-elle simplement de l'éviter.

Sébastien ne m'aimait pas vraiment et c'était réciproque, mais je trouvais en lui un adversaire à ma hauteur. Je savais qu'il me désirait fortement, malgré le fait qu'il soit marié et que lui, contrairement à la plupart des autres hommes, n'avait pas peur de m'approcher. Pour lui, je ne représentais pas le bijou que d'autres convoitaient seulement du regard comme si j'étais intouchable. Il avait conscience que c'était mon charme et mes pouvoirs de séduction qui provoquaient cet effet et il avait surtout envie de me fuir comme si j'étais le Diable. Néanmoins, résister constituait un défi pour lui, une façon de me livrer bataille sans se trahir lui-même. J'aurais pu le perdre, si j'avais voulu, à force de travailler ses hormones ! Seulement, c'était d'abord le mari de Martine et je n'aurais jamais failli à sa confiance.

# Enviado em Quarta 15 Março 2006 05:27

Modificado em Segunda 16 Julho 2007 08:14

2ème Chapitre : Préparations

2ème Chapitre : Préparations
La soirée continua calmement, sans que lui et moi ne jouions encore à chien et chat. Nous étions des adultes après tout, nous pouvions contrôler nos humeurs ! Cela soulagea les autres invités et l'anniversaire fut réussi. Sébastien me remercia même avec sincérité. Je crois qu'il ne s'attendait pas à ce que j'honore autant son futur rôle de père.

Je retournai chez moi assez tôt ; j'en profitai pour me faire couler un bain chaud. Lentement, je me laissai glisser dans l'eau avec un plaisir infini... Mais étrangement, je me rendis compte que j'avais autant envie de calme que d'animation. Je me concentrai alors sur ma journée et tous les événements qui s'étaient produits. Rien à faire. Je bouillonnai. La petite fête chez Martine avait encore plus éveillé mon Idée et pourtant, elle n'arrivait pas à sortir de ma tête en un plan concret. Je repassais en revue dans ma tête ma rencontre avec Emilia Bresson et ce que j'avais fait pour elle, puis la soirée. La s½ur de Sébastien avait fait preuve d'une grande jalousie en découvrant la garde-robe de Martine.

« Mais d'où viennent toutes ces robes ? avait-elle demandé d'un ton presque perfide.
– De chez Charmet, avait répondu Martine avec fierté. »

Sa belle-s½ur s'était immédiatement tue, mais j'avais eu le temps de lire dans ses yeux qu'elle me rendrait vite visite...


Cinq minutes plus tard, je m'emparai du téléphone et composai nerveusement le numéro de Gilles.

« Allô ?! Allô ?! Gilles ?
– Oui. C'est bien moi, Madame Scarlett, fit-il d'une voix ensommeillée. Que puis-je pour vous ?
– Ohh ! Tu ne vas pas le croire, j'ai vraiment trouvé ! Je l'ai vraiment trouvé ! m'exclamai-je. Je sais bien que je ne devrais pas être aussi excitée, mais je crois qu'on la tient !
– Pardon ? Je ne suis pas sûr de tout comprendre. De quoi parlez-vous ?
– Ma solution : pour attirer plus de clientèle !
– Oui ?! Enfin... Si je peux me permettre, cela ne peut pas attendre demain matin ?
– Je sais Gilles... ! Excuse-moi d'appeler si tard pour le travail, mais j'ai peur de n'en perdre ne serait-ce qu'une miette pendant la nuit, alors que si je te le dis maintenant, tu t'en souviendras forcément !
– Je vous remercie pour vos compliments sur ma mémoire ! »

C'est ainsi que je lui fis part de mon mystérieux projet. Bien que mes indications fussent un peu confuses, Gilles montra énormément d'enthousiasme. Or, le lendemain, nous devions organiser un casting pour recruter des mannequins en fonction et lancer une procédure de défilé pour que ça n'est pas l'air suspect. Donc, à 9 heures pile, Gilles se trouvait dans mon bureau après avoir confié la jeune vendeuse de la veille aux responsables de la vente.

« Je dois vous avouer n'avoir absolument rien oublié de tout ce que vous m'avez confié hier et malgré cela, je vous assure, bien que j'ai passé et repassé tout cela dans ma tête pendant le reste de la nuit, je ne vois vraiment pas où vous voulez en venir.
– Tu ne croyais tout de même pas que j'allais tout te dire ! remarquai-je malicieusement. J'aime faire des surprises et tu vas y avoir droit ! Je t'explique : si la campagne de recherche de mannequins que nous allons préparer tout à l'heure est un prétexte à mon projet, je veux d'abord être certaine qu'il soit vraiment valable. C'est pour ça que je voulais te demander si...
– Si ?
– Enfin... Tu n'es pas obligé bien sûr ! fis-je d'un ton faussement gêné. Mais j'aurais aimé que tu sois le premier... Le premier de mon équipe de choc, quoi !...
– Mais j'en serais ravi ! s'exclama-t-il.
– C'est vrai ?! Je veux dire... Ça ne te pose pas de problèmes par rapport à tes préférences sexuelles ?
– Et bien, je ne tomberai sûrement jamais amoureux d'une femme, puisque je ne le suis pas de vous. Mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas les séduire, ou encore... Passer du bon temps avec elles !
– Oh, oh... ! Pas si vite, mon coco ! Ce n'est pas la priorité dans tout ça ! Il ne s'agit pas d'un simple jeu. Au contraire, ce doit être en premier lieu une implication totale de soi. Je te parle là de véritables missions de sauvetage !
– J'en ai bien conscience ! Et j'ai bien l'impression que vous avez tapé dans le mille. Je vous promets d'être entièrement dévoué à mes missions.
– Tu me soulages ! Je sais que je peux te faire confiance au moins ! Les autres personnes pourraient avoir un point de vue trop négatif sur mes intentions, alors que j'essaie de révolutionner le monde ! Il faut savoir accepter des changements radicaux si on veut que les choses soient meilleures, mais ça, peu de gens l'ont compris et surtout, l'appliquent ! Bon... C'est vrai que c'est aussi un intérêt financier important pour moi, mais aussi personnel, en tant qu'individu prêt à aider autrui. Je m'engage solennellement à donner le meilleur de moi-même pour améliorer la condition des femmes dans ce monde, à commencer par Paris ! Oh, Gilles ! Je trouve ça remarquable de ta part ! Très bien ! Trêve de bavardage : passons aux choses sérieuses ! me ressaisis-je. Je pense qu'il faut commencer par voir ce que cela peut donner avec toi et pendant ce temps, les hommes que nous aurons sélectionnés resteront en attente, tant que nous ne serons pas sûrs de ce dans quoi nous les embarquons. D'accord ?
– Plutôt deux fois qu'une ! Alors... Quelle est ma première mission ? »

Ce fut l'objectif premier de ma journée : trouver une femme qui correspondait au profil de mon nouveau système. Gilles, lui, organisait un planning d'entretiens en choisissant les meilleurs books que nous avions reçus dernièrement. Les consignes de sélection étaient beaucoup plus rudes que d'habitude. Il ne suffisait pas d'être beau, bien fait, d'être habillé élégamment, de sentir bon et de faire de l'effet. Mes nouveaux hommes de main devaient être capable de se maîtriser et de charmer avec finesse et application. Ce travail fut assez pénible pour mon pauvre Gilles : il avait l'impression qu'aucun homme mannequin n'avait un minimum d'intelligence ! Et ne parlons pas de leurs agents soi-disant qualifiés ! Malgré tout, il désigna vingt-cinq d'entre eux à tester dans les prochains jours.

Pour ma part, je retournai dès le matin devant le parvis de Notre-Dame, puis dans ses jardins. J'espérais avoir autant de chance que la veille et tomber sur une autre fille perdue en larmes. Je fus déçue de ne pas en trouver... Ne me laissant pas abattre, je continuais ma quête ailleurs. En dépit de mon obstination, je passai mon temps à chercher dans les rues de Paris, en vain. Moi qui croyais que de telles femmes courraient les rues ! J'étais à présent sûre que non.

Plus tard, en allant acheter un sandwich à la « Brioche Dorée » avant de reprendre mon expédition, je remarquai une jeune femme d'une trentaine d'années, qui portait une robe à fleurs beige et rose, de grosses lunettes : exactement ce que j'aurais pu être si je ne m'étais pas prise en main. Elle n'était pas tellement plus vieille que moi et cela me fit mal au c½ur de la voir si absente. On aurait dit qu'elle essayait d'être invisible à elle-même. Son attitude finit de me convaincre : c'était elle, notre première mission.

# Enviado em Quarta 15 Março 2006 07:40

Modificado em Segunda 09 Julho 2007 11:31

2ème Chapitre : Première mission

2ème Chapitre : Première mission
Je commençai alors ma filature et constituai immédiatement un dossier, d'abord anonyme. Je marquai tous ses faits et gestes : la façon dont elle sortait timidement et de manière presque affolée son portefeuille lorsqu'elle s'apprêtait à payer, les regards désespérés qu'elle jetait partout autour d'elle quand elle voyait un couple se tenir par la main ou s'embrasser, puis son travail, l'adresse du bureau où elle travaillait, etc. Je ne sus son nom et son adresse de domicile qu'à la fin de la journée, lorsqu'elle rentra chez elle. Assurée que j'avais assez d'informations pour aujourd'hui, je retournai satisfaite à mon entreprise. Je pris soin de prévenir Gilles avant tout.

« Ça y est, j'ai trouvé ! J'arrive tout de suite ! » m'empressai-je de souffler dans le téléphone portable avant de raccrocher.

Lorsque j'arrivai là-bas, Gilles m'attendait dans mon bureau, comme un petit garçon qui sait qu'on va lui offrir un beau cadeau. Aussi excitée que lui, je lui tendis fièrement le dossier que j'avais établi pendant la journée.
Il lit à voix haute :

« Lucie Avranton, 17 rue Saint Augustin 75002 Paris, employée de banque, plus précisément conseillère financière du Crédit Mutuel, 88 rue Cardinet 75017 Paris. »

Il tourna la page et poursuivit :

« - Ronge le petit doigt quand elle est angoissée. (C'est-à-dire la majeure partie du temps)
- Se gratte la tête puis se recoiffe (timidité).
- Très rêveuse. (Elle s'est cognée deux ou trois fois la tête contre la lampe de sa table de travail)
- a flâné du côté des vieux cinémas où passent les films sentimentaux : forcément romantique et un peu vieux jeu... »

La liste était longue de détails. Gilles parcourut le tout avec plaisir, pendant qu'il me faisait un compte-rendu oral de la journée, même s'il en avait évidemment tapé un écrit à l'ordinateur, avec encore plus de précisions.

« Quand vais-je pouvoir m'atteler à son cas ? demanda-t-il sur un ton plein de zèle.
– Écoute, je pense qu'il est préférable d'en savoir davantage sur elle. Les sites sur lesquels elle va, quelle est sa musique préférée, par exemple. Ensuite tu feras exactement ce que je te dirai. Ne t'inquiète pas, je te laisserai sûrement très vite ta propre liberté : j'ai confiance en toi plus qu'en quiconque.
– Vous êtes un ange de miséricorde ! me complimenta-t-il. J'ai hâte de m'y mettre ! Combien de temps cela prendra-t-il d'après vous ?
– Oh ! Moins d'une semaine, je pense ! En tout cas, je l'espère parce que j'ai autant envie que toi de voir des résultats concrets.
– Mais au fait, quels résultats attendez-vous au juste ?
– Tu verras en temps voulu, tu verras... »


On trouva facilement son adresse email sur un forum et à partir de là, on put savoir quels étaient les sites sur lesquels elle allait régulièrement en piratant un peu les programmes. Elle avait même créé un « blog », qu'elle tenait presque comme un journal sous le pseudo « Dalia ». Ce fut une mine d'informations très précieuse. Elle y parlait de sa mélancolie, de sa passion naïve pour les princesses, de ses heureux souvenirs d'enfance... Bref, de toute sa vie, de son petit monde secret. Malgré sa candeur, ses penchants pour les histoires d'amour à l'eau de rose, elle semblait très cultivée. Elle écrivait parfois des réflexions très pointues sur des films qu'elle avait vus ou des livres qu'elle avait lus. Si on lisait correctement entre les lignes, on devinait toute la vivacité de son esprit, qui n'osait pas se montrer à cause d'une timidité excessive. Un petit coup de pouce ne lui aurait vraiment fait aucun mal...

Gilles resta devant l'ordinateur toute la nuit, tandis que je repartis chez moi au bout de quelques heures. Tandis que je me préparais un repas rapide avant d'aller me coucher, j'imaginais qu'il était encore devant l'écran à s'abîmer les yeux. Cela me fit reconsidérer tout l'enjeu de mon entreprise. Si mon projet ne marchait pas, je n'allais presque rien perdre bien sûr. Mis à part mon indestructible assurance, peut-être. Pourtant, ce n'était pas vraiment aux inconvénients auxquels je pensais, à ce moment-là. Mais plutôt à toutes les possibilités rutilantes qui allaient s'offrir à moi si je réussissais ! Quelle gloire ! Quel honneur ! L'argent n'entrait même pas en ligne de compte. Ou si peu. Le plus important est de se dépasser soi-même. De parvenir à réaliser un exploit ! Toute la nuit, je rêvais d'étranges évènements, mélangeant le passé et le présent, découvrant un drôle de futur. Le flou s'emparait de mon esprit dès mon réveil, mais il subsistait tout de même une impression désagréable. J'étais presque certaine d'avoir revu la vieille dame en rêve cette nuit-là.

Le lendemain matin, un peu abrutie par mes songes nébuleux, j'oubliai presque tout ce qui était arrivé les jours précédents. Ce ne fut que lorsque Gilles me sauta dessus que je retrouvais complètement mes esprits. Surprise par tant d'enthousiasme, je jetai rapidement un coup d'½il au tas de liasses qu'il me tendit. C'était le dossier de Mademoiselle Avranton, bien plus rempli que la veille lors de mon départ. Oubliant immédiatement mon sommeil perturbé, je me penchai vers lui, toute excitée.

« Il se pourrait que tu commences bien plus tôt que ce que je ne pensais, m'exclamai-je. Viens avec moi ! »

Je le menais au rayon des costumes et ensemble, nous choisîmes l'un d'eux, susceptible de plaire à Lucie Avranton. Une veste longue de velours blanc boutonnée, un pantalon à pinces en laine noire, une chemise noire en coton, des bottines de cuir noires pour ne pas trahir sa passion pour la mode, tout en restant classique et surtout, très attirant. Après un tour chez mon coiffeur personnel, nous sortîmes nous promener. Gilles s'entraîna toute l'après-midi à charmer les femmes. Visiblement, aucune ne devina son homosexualité et toutes se montrèrent très émues d'être séduites par un homme si beau et si élégant. Il avait très belle allure et je ne ravalai pas ma fierté !

# Enviado em Quinta 16 Março 2006 11:40

Modificado em Terça 10 Julho 2007 10:16

2ème Chapitre : Conversation enregistrée

2ème Chapitre : Conversation enregistrée
En rentrant, j'étudiai en détail toutes les informations qu'il avait glanées ; Gilles avait laissé des commentaires dans la marge : les remarques nécessaires, le genre d'humour à avoir sur certains sujets avec Mademoiselle Avranton, quel ordre de questions il lui faudrait poser, ne pas se montrer trop pressé, surtout sur certains points comme ses parents, décédés dans un accident de voiture deux ans auparavant. Des petits détails que Gilles avaient étudiés pour mieux saisir l'attitude qu'il devrait adopter.

La journée suivante, il se prépara donc à passer à l'attaque ! Nous avions glissé un minuscule micro dans sa poche intérieure, afin d'analyser plus tard les dires de la demoiselle. Ce principe était censé nous permettre d'améliorer le travail de Gilles : en fonction des réponses de Lucie, il était plus facile de savoir ce qui lui plaisait ou ne lui plaisait pas.
Ainsi, à l'heure habituelle où Lucie sortait pour aller manger sur une terrasse de sandwicherie, Gilles s'assit à deux tables d'elle, suffisamment bien placé pour pouvoir l'examiner à son gré. Je l'avais accompagné juste pour lui confirmer que c'était bien elle. Il l'observa cinq minutes et se tourna vers moi :

« Il y a des choses à améliorer, mais elle a l'air d'une personne parfaitement charmante.
– N'est-ce pas ? fis-je malicieusement en tapant des mains. »

Cinq minutes plus tard, je lui lâchai les rênes pour qu'il aille enfin accomplir sa mission. Je m'éloignai non sans regret. Néanmoins, lorsque je fus assez loin pour ne pas être repérée, je m'autorisai à jeter un coup d'½il en arrière pour le voir s'approcher lentement et galamment de la jeune femme. Dès qu'il lui adressa la parole, elle fut très surprise. La maîtrise de Gilles à s'exprimer était incomparable : on sentait à ses mouvements qu'il était particulièrement calme et doux. Cela ne le rendait que plus confiant et adorable. Je fus ravie par la réaction de Lucie Avranton ; tout en étant surprise, elle se montra presque curieuse et touchée. Je savais alors qu'elle était déjà conquise !


Ce soir-là, Gilles me revint tout heureux et me tendit la petite cassette qui avait enregistré leur conversation.

« Je crois que c'est dans la poche ! Je l'ai invité à dîner demain soir et elle a accepté ! Comme elle était troublée... Mais cette femme est un ange !
– Quoi ?! Elle accepte déjà de dîner avec toi ?! m'écriai-je. Tu fais sacrément fort encore une fois ! Je me demande comment tu peux avoir autant de chance à être aussi doué ! »

Je le serrai dans mes bras tendrement et il me tapota sur les épaules.

« Mais alors qu'est-ce que tu as fait au juste ? Tu ne l'as quand même pas suivi toute la journée ?
– Pas vraiment, ... Disons que je me suis débrouillé pour lui parler plusieurs fois et pour lui montrer que mes yeux brillaient à chaque fois qu'elle disait le moindre mot.
– Oh, oh ! Voyons voir ça... ! »

Je rembobinai la cassette et appuyai sur « Play ».

« Mademoiselle ?...
– Oui... Oui ?!
– ... Je... Puis-je m'asseoir près de vous, s'il vous plaît ?
– Bien sûr...
(Bruits de chaises. Silence de quelques secondes.)
– Vous ne me demandez pas pourquoi ?!... Ma parole, vous êtes vraiment charmante !
– Non...
– Voyons, ne soyez pas timide ! Je suis parfois un peu trop vif dans mes propos !... Tout est ma faute. Pardonnez-moi... Quel est votre prénom, Mademoiselle ?
– Lucie... Je m'appelle Lucie Avranton.
– Enchanté, Mademoiselle Lucie ! Je suis Gilles Dalbert. Et puisque vous n'osez me prier de vous donner les raisons de ma venue jusqu'à vous, je vais tout de même, en gentleman que je suis, m'empresser de vous les faire savoir. Mes intentions étaient purement conventionnelles, rassurez-vous. Seulement en vous voyant ici, ce soleil de midi rayonnant sur votre joli visage, je n'ai pas résisté à l'envie de faire votre connaissance !
(Bruits de chaises.)
– Non, ne partez pas, je vous en prie ! Pardon de m'être mal comporté envers vous ! J'ai été trop brusque : excusez-moi... Ce n'est pas à vous de partir, mais à moi...
(Nouveaux bruits de chaises.)
– Non, attendez !
– Oui ?
– Je suis désolée... C'est moi. Je... Enfin, j'ai quelques problèmes de relations sociales. Ce que vous venez de faire... Ce n'est pas le genre de choses qui m'arrive souvent... À vrai dire, cela n'arrive jamais.
– Vous faites tant cet effet-là ?
– Pardon ? Moi ? Faire de l'effet ? Vous m'avez vue ?
– Je crois qu'il y a un sérieux malentendu...
– Pourquoi ?
– Venez.
(Encore des bruits de chaises.)
– Où allez-vous ?
– Me promener avec vous. J'ai envie de parler avec vous, pour notre bon plaisir.
– Je ne comprends vraiment pas pourquoi vous vous attachez à rester avec moi ! Est-ce qu'il y a une caméra cachée ? Si c'est ça, ce n'est vraiment pas drôle !
– Non, bien sûr que non. Calmez-vous... Pourquoi croyez-vous cela ? Je n'oserai jamais vous manquer le moindre respect.
– Mais regardez-moi ! Je ne suis pas le genre de femme qui plaît aux hommes !
– Oh ! C'est ce que vous pensez de vous-même ?
– Et bien...
– Parce que vous ne savez pas ce que moi, je vois en vous. Vous voulez le savoir ?
– Oui... ?
– Je vois une femme pleine de beauté et de vie, mais qui est très fragile et qui n'a pas la moindre confiance en elle... Lucie, ... (Il chuchote) je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe en moi lorsque je regarde vos yeux et que mon ventre se noue.
– Excusez-moi, ...
– Vous n'avez pas à vous excuser.
– Je dois aller au travail. Au revoir, Monsieur Dalbert.
– Très bien. Mais appelez-moi Gilles, je vous prie.
– Au revoir, Gilles.
– À bientôt, Lucie... »

La cassette s'arrêta brusquement.

# Enviado em Quinta 16 Março 2006 12:24

Modificado em Terça 10 Julho 2007 07:59

2ème Chapitre : La Méthode

2ème Chapitre : La Méthode
« On peut dire que tu t'es montré passionné ! remarquai-je en riant. Mais quand l'as-tu invité ?!
– La conversation se poursuit plus tard lorsqu'elle est sortie de son bureau. Je n'ai pas réussi à remettre le micro en marche, mais je vais vous raconter la suite ! Déjà, lorsqu'elle m'a vu à nouveau, elle était troublée... À un point ! Je sentais qu'elle était très attirée...
– Évidemment ! Qui pourrait te résister mon cher Gilles, à part moi ?
– Aha ! Enfin... Pour revenir à nos moutons : je me suis approché d'elle sans qu'elle cessât de me regarder. Petit à petit, une fois à côté d'elle, je me suis pressé contre sa poitrine. Je lui ai dit que je n'arrivai pas à la chasser de mes pensées : « M'avez-vous ensorcelé, très chère Lucie ? »
– J'ai déjà plus l'allure d'une sorcière, il faut avouer ! répliqua-t-elle.
– Alors... D'une sorcière très sexy... » La persuadai-je. Ma petite réplique l'a faite beaucoup rire. Je fixai alors ses yeux comme si c'étaient des perles. J'ai failli l'embrasser, mais je lui montrai que je me retenais par respect pour elle. Je sus tout de suite qu'elle m'était reconnaissante de ne pas aller trop vite. Finalement, après avoir discuté encore un peu avec elle, je l'ai invité à dîner demain soir. Au début, elle hésitait et disait n'avoir rien à se mettre pour sortir, mais je l'ai convaincu. De toute façon, elle en brûlait d'envie ! C'est là que nous nous sommes séparés... Oh ! Au fait : je lui ai dit que si elle voulait me voir je serais ici. Ai-je bien fait ?
– Oui, oui ! C'est exactement ce qu'il fallait que tu fasses ! Comme ça, si elle vient, je lui proposerai des affaires intéressantes sur nos vêtements. Être avec toi représentera un privilège. C'est ce à quoi je voulais te mener ! Tu fonctionnes très bien tout seul, en fait ! Je n'ai même pas besoin d'être là... !
– Voyons, Madame Scarlett ! Ne dites pas de sottises : c'est vous, le cerveau de toute cette entreprise. Avec moi à la tête de « Charmet », nous aurions déjà disparu !
– Tu es trop adorable, mon petit Gilles !
– C'est vous qui êtes adorable : vous allez faire des réductions sur vos produits à de nombreuses femmes si on lance la Méthode ! Je vous le dis : votre gentillesse vous perdra !
– Bien sûr que non : c'est de la solidarité féminine ! Je me dois d'aider les femmes qui en ont besoin ! Parce qu'à notre époque, elles se font plus facilement damer le pion par les autres. Je veux leur redonner confiance en elle, soigner leur côté séducteur et leur montrer qu'elles peuvent être indépendantes des hommes. Les hommes se croient bien trop supérieurs parce qu'ils ne tombent pas enceinte, alors qu'en fait, ce sont eux qui ont besoin des femmes pour survivre !... Je ne parle pas pour toi, Gilles, bien sûr. Toi, tu es un amour ! Tu acceptes de m'aider les yeux fermés dans cette conquête de la femme sur l'homme ! Toi au moins tu as compris que c'est ça le 3ème millénaire !... Et maintenant... Tu vas comprendre pourquoi cela peut apporter un intérêt particulier à mon entreprise. Réfléchis bien : qu'est-ce qu'une femme s'empresse de faire lorsqu'elle vient d'acheter un vêtement ou un collier qui lui plaît ?
– Elle le montre...?
– Exact ! Et qu'est-ce que cela provoque ?
– L'envie des autres femmes.
– Que font-elles alors ?
– Elles vont dans le magasin où la première a acheté ses effets.
– A-B-S-O-L-U-M-E-N-T ! C'est un système qui marche encore mieux que la pub !... Tu imagines ce qui pourrait se passer, si une femme, timide auparavant et que toutes les autres ignorent à cause de son manque de style, devenait une femme super fashion en adoptant un look qui fait fureur et qui s'applique à son style initial ?
– Je suppose que des ruées de femmes accourraient dans le magasin où les vendeuses ont accompli un tel miracle.
– Oui ! Et dans quel magasin bien sûr ?
– Celui qui va devenir numéro 1... Ohhh ! J'ai tout compris maintenant ! Et de tels principes au profit des femmes ! Voilà une idée géniale !
– N'est-ce pas ?
– Madame Sophie va en bouillonner de rage !
– Ça je n'en doute pas un seul instant ! Formidable, non ? »

Nous bûmes une coupe de champagne pour fêter notre futur triomphe.

# Enviado em Sexta 17 Março 2006 11:30

Modificado em Terça 10 Julho 2007 17:52