L'opération fonctionna alors parfaitement, car Lucie revint plus souvent au magasin. Et au fur et à mesure des transformations qui se produisaient en elle, elle devenait plus sociable et s'entourait de davantage d'amies qui finirent par l'accompagner chez moi et acheter des tenues sur mes conseils. Le moment était venu d'augmenter mon système à une plus grande échelle. Je fis part de mes intentions à Gilles, en lui précisant que je ne voulais pas qu'il y ait trop de « Missionnaires », pour pouvoir gérer plus facilement chaque cas : il était totalement d'accord avec moi.
« Madame Scarlett, il y a une chose qui m'échappe : comment comptez-vous développer le système jusqu'à ce qu'il devienne vraiment rentable ? Parce qu'une relation prend du temps à se construire d'une part ; je suis avec Lucie depuis déjà deux mois. Il y a eu beaucoup d'amélioration, mais pour combien de temps encore devrais-je m'occuper de son cas ?
– Tu as raison de t'en soucier. Justement j'y pensais ! Mais je pense que ce ne sera pas très difficile. D'après ce que tu m'as dit, maintenant, votre relation est différente : je me souviens qu'au début, elle avait tout le temps besoin de toi...
– Il est clair que maintenant elle est beaucoup plus indépendante. Elle a reporté plusieurs fois nos rendez-vous, parce qu'elle avait des soirées entre copines !
– C'est parfait, c'est exactement ce que nous voulions !
– Oui, mais ce n'est pas parce qu'elle a beaucoup changé que nous allons nous séparer pour que je commence une nouvelle Mission...
– Je croyais que tu l'adorais ?
– Oui, je l'adore ! C'est vrai ! Mais je veux que notre relation « amoureuse » s'arrête : nous sommes amis maintenant, plus amants...
– Dans ce cas, il faut que tu insistes sans le « faire exprès » sur ce fait. À mon avis, elle te dira au revoir avant que tu n'aies besoin de le faire. Ou alors si cela dure trop longtemps, avoue-lui que tu penses être homosexuel. Mais sincèrement, je pense qu'elle va le faire d'elle-même, d'ici peu de temps. »
En attendant que leur liaison se dénoue, une sélection de mannequins masculins eut lieu. Mes préférés furent testés par Gilles, pour savoir s'ils seraient à la hauteur des missions que je pourrais leur confier. La plupart étaient dévoués et sympathiques, même si quelques-uns furent immédiatement rayés de la liste. En tout et pour tout, j'en choisis neuf, parmi les mannequins les plus anciens dans l'entreprise. Je craignais que les novices soient moins fidèles et moins efficaces. Ensuite, pour être sûre de ne faire aucune erreur en les assignant à ce nouveau travail, je m'appliquai à les connaître davantage. Je leur accordai plus de temps et ils étaient tous très contents de me voir s'intéresser à eux. Ils faisaient tout pour me combler. Il ne me fut ainsi pas très difficile de détecter leurs qualités et leurs défauts. Or, en plus de mon statut de patronne, ils m'attribuèrent rapidement celui d'amie : plusieurs d'entre eux m'invitèrent même à aller en soirée avec eux. Ils savaient qu'un salaire très intéressant était en jeu, mais ils n'en étaient pas pour autant cupides. Au contraire, certains montrèrent vraiment leurs valeurs en me prouvant que ce n'était pas l'argent qui les intéressait, mais la nouveauté et la condition privilégiée qu'ils auraient avec moi. C'est à ce moment-là que je choisis de leur avouer mon projet et le rôle qu'ils auraient à jouer en acceptant ma proposition. Je leur laissai une semaine pour réfléchir.
Pendant ce temps, comme je l'avais prédit, après deux semaines et demie, Gilles et Lucie rompirent et ce, selon le propre v½u de Lucie, sans même que Gilles ne lui avouât son homosexualité. Ils restèrent très bons amis et surtout, elle continua à venir régulièrement à la boutique. Les débuts de la Méthode avaient donc vraiment marché. J'étais toute excitée et je n'attendais qu'une chose : la réponse de mes futurs Missionnaires !
Vous vous en doutez sûrement : ils étaient tous pour le développement de mon système et souhaitaient en faire partie coûte que coûte. Pour eux, ma Méthode était une solution révolutionnaire capable de changer le monde. Être les facteurs de ce changement ne faisait que les rendre plus enthousiastes ! Je leur expliquai immédiatement les circonstances auxquelles ils allaient se confronter et la manière dont ils allaient procéder pour rendre la Méthode possible. Leur formation prit un certain temps ; Gilles repéra et séduit une nouvelle Mission spécialement pour leur enseigner chaque étape du processus, pour leur montrer combien ce travail demandait de délicatesse et de talent. Tous comprirent à quel point la discrétion était nécessaire pour réussir. Mais ils ne surent pas tous appliquer immédiatement leurs connaissances. Les premiers essais furent des échecs : il y eut même plusieurs femmes qui les fuirent ! L'expérience la plus drôle fut celle où Antoine tenta de séduire une jeune femme entourée de chats et de chiens : en voulant prendre sa main, il attrapa malencontreusement la queue de l'un des chats, qui le griffa aussitôt. La réaction du félin le fit tant sursauter qu'il trébucha sur le chien à ses pieds. Dérangé dans son sommeil, celui-ci bondit sur Ant' et lui mordit les fesses jusqu'à l'autre bout du parc. Ce petit incident eut cependant l'aspect positif de plaire à la jeune femme ; elle accepta le rendez-vous qu'Antoine lui avait proposé et il obtint ainsi sa première Mission !
Je les appelai peu de temps après les « Charmets d'élite », à cause d'un petit jeu de mot de Sam lors d'une de nos réunions spéciales. Ces rassemblements visaient à faire le point sur les missions et ensuite, à converser sur les rapports entre hommes et femmes, les évolutions qu'ils avaient constatées, les améliorations possibles. Ils s'impliquaient totalement dans leurs activités et y prenaient du plaisir. Gilles était évidemment le numéro 1 d'entre eux, mais je les adorai tous. Je cherchai des missions appropriées à chacun et ils s'y frottaient avec beaucoup d'excitation. Ils se dévouaient très religieusement aux missions que je leur attribuais et comprirent alors que leur nouveau travail exigeait beaucoup d'investissement. Et surtout, qu'ils ne pouvaient pas avoir de petite copine, car ils étaient employés à plein temps et que cela ne pouvait que compliquer les choses. Ils se débrouillèrent très bien et marquèrent leur territoire. Tous le faisaient aussi parce qu'ils me vouaient une admiration sans limites. Leur salaire, bien supérieur à celui d'un simple mannequin, renforça leur dévouement.
Mais ce dont ils étaient particulièrement fiers, c'était de faire valoir leur potentiel de séduction. Chacun le faisait à sa manière, avait sa propre technique et ses propres astuces. Au nombre de dix, puisque Gilles continuait à faire partie de l'équipe, ils s'entendaient tous et ne manquaient pas une occasion de s'aider les uns et les autres. Ce qui m'amusait beaucoup, c'est que, hormis Gilles, les initiales des prénoms des neuf autres formaient « Scarlett C. » : Samuel, Charlie, Antoine, Romualdo, Laury, Eduardo, Tristan, Terence et Constantin. Tous exceptionnels et différents les uns des autres... Ils avaient entre 18 et 27 ans pour correspondre à toutes sortes de profil. Leurs caractéristiques et toutes sortes d'informations les concernant étaient rangées soigneusement dans des dossiers à leur nom. En bref, on trouvait dans ces fichiers :
- Samuel, français, brun aux yeux verts, assez grand et pâle, maigre mais musclé, surnommé Sam et surtout « la Tête Chercheuse » ; ne se lasse pas de trouver des jeunes filles en détresse pour mon service.
- Charlie, américain, blond aux yeux bleus, porte des strings, surnommé Charlot et plus particulièrement « Doux C½ur » ; le plus charmeur de ces messieurs, il fait tomber toutes les filles dès qu'il se met à leur parler.
- Antoine, français d'origine hongroise, cheveux châtain clair avec yeux marron, mais change continuellement de couleur avec teintures et lentilles colorées, tient à son aspect physique, surnommé Ant' ou « Fashioner » ; est toujours dans le courant de la mode, c'est celui qui conseille le plus ses clientes et moi-même bien sûr !
- Romualdo, italien, demi-frère d'Eduardo, cheveux noirs mi-longs aux yeux noirs, aime beaucoup danser et s'occuper de sa coiffure, surnommé Roméo ou « Gypsy » ; c'est le sauvageon de la bande et le plus sensuel.
- Laury, anglais, blond aux yeux marron, très smart, élégant, noble, ne peut sortir sans ses clés fétiches qui sont entourées par un porte-clé « vive la Reine ! », surnommé Mr. March ou « le Classique » ; sort toujours le grand jeu mais le fait parfaitement, sans aucune bévue et c'est tout ce que je lui demande.
- Eduardo, italien comme son demi-frère mais aussi grec de sa mère, brun aux yeux bleus, du genre marin, sérieux et paraît presque timide, surnommé Eddy ou « la Bête » ; c'est le plus fougueux sur le terrain et celui qui parvient à ses fins le plus rapidement.
- Tristan, irlandais, roux bien évidemment mais dans une nuance assez foncée, aux yeux verts, aime la musique notamment irlandaise et joue de la cornemuse, surnommé l'Irish ou « T1 » ; c'est l'intellectuel du groupe et le plus romantique, c'est celui qui console toutes les femmes, son nom lui va comme un gant !
- Terence, congolais, brun aux yeux noirs, très sportif, adore aller à l'église et écouter du gospel, surnommé Teddy ou « T2 » ; c'est le protecteur des femmes innocentes ; il est aussi très doux et respectueux, sa dévotion pour la religion épate toujours les femmes en quête de recherche spirituelle.
- Constantin, allemand, blond aux yeux verts, profite pleinement de la vie sans trop se dégrader, c'est-à-dire ne revient qu'un jour sur sept complètement ivre, surnommé Santa ou « Père Noël » ; c'est celui qui trouve et sauve les femmes des causes perdues.
Chacun avait sa personnalité, son style, sa manière de vivre et ce que j'appréciais particulièrement pour un homme, ils étaient intelligents, surtout pour comprendre qu'il n'y avait pas que leur pénis qui comptait, ou l'argent. C'est aussi pour tout cela qu'ils avaient autant de succès et que je les avais choisis. Lorsque j'habillai l'un d'eux, il ne pouvait s'empêcher de faire de l'humour et de plaire à toutes les femmes alentour. Bref, il n'était pas étonnant qu'ils me rapportent beaucoup ! Or, grâce à eux, les chiffres d'affaires augmentèrent à une vitesse phénoménale. Bientôt, l'entreprise Charmet dépassa toutes les autres. Quelques temps plus tard, Sophie vint me voir, jalouse de mon étonnant succès. Elle était persuadée que j'avais fait un pacte avec le diable ou usé de man½uvres malhonnêtes pour être arrivée à la première place.
« Une si jeune débutante déjà première ! Je n'y crois pas. Tu sais, Scarlett... On découvrira bien un jour comment tu t'y prends pour tricher et lorsqu'on te mettra à nu, tu n'auras que tes yeux pour pleurer.
– Encore faudrait-il pouvoir m'accuser. Et je doute que tu trouves quoi que ce soit avant longtemps. »