Je me trouvai en effet le jour dit devant l'immeuble avec l'impression gênante d'être observée. Je ne me retournai pas et entrai pour me diriger vers l'ascenseur. Derrière moi, un homme visiblement, fit la même démarche et juste avant que les portes ne se referment, il les bloqua pour pénétrer dans la cabine.
« Bonjour ! »
Je restai bouche bée : c'était Olivier Richard. Je l'ignorai, tant j'étais folle de rage. J'eus une petite pensée pour Lena : encore une proie facile !
« Vous ?! m'exclamai-je.
– Oui : moi. Mais je vous promets de ne pas vous parler : vous risqueriez de croire que je veux vous voler vos secrets professionnels.
– Monsieur aime faire de l'humour ? Ah ah ah ! Je suis hilare !
– Je suis content que cela vous fasse rire, dit-il avec un sourire malin. »
Je fronçai les sourcils, contrariée par son assurance. Et peut-être plus encore, parce que je me sentais faiblir à côté de lui.
« Ne vous avisez pas de continuer votre petit jeu ridicule, le menaçai-je pour me ressaisir. Vous ne me faites pas rire du tout !
– Vous allez bien, j'espère ?
– Oui, merci... ! Mais je n'ai pas besoin de vous demander comment vous allez : votre sourire narquois est bien trop satisfait pour que vous alliez mal !
– Vous savez, je vous trouve charmante quand vous vous mettez en colère comme cela.
– Et ensuite vous allez dire que vous ne flirtez pas avec moi... ! »
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent.
« Je vous en prie, ajouta-t-il en m'ouvrant le passage. »
Je lui passai devant, la tête haute et méprisante pour me diriger vers l'appartement de Martine et Sébastien.
Je remarquai alors que lui aussi était sorti au même étage. Martine vint ouvrir et me sauta dans les bras.
« Ah ! Francie, c'est formidable, tu es là ! »
Sébastien apparut derrière elle et il sourit avec sincérité. Étrange... !
« Olivier !... Mais c'est impeccable, nos deux invités arrivent en même temps ! »
Je crus un instant que j'allais m'évanouir, mais je me ressaisis et entrai dans l'appartement en l'ignorant. Il passa à côté de moi et me murmura l'oreille :
« Je vous sens enchantée de m'avoir à vos côtés ce soir... »
Je lui lançai un regard noir et Martine me demanda en chuchotant si je le connaissais déjà.
« Oui, c'est un ami de Sophie Grandier... !
– C'est vrai ? Oh, je suis désolée de ne le savoir que maintenant...
– Ce n'est pas grave. Où est Lucas ?
– Il attend sagement dans sa chambre. Je suis sûre qu'en te voyant, il va être tout content ! »
Je jetai un coup d'½il à Olivier. Il m'observait et pourtant je ne sentais pas cette fois-là cette manière cynique qu'il avait quand il me dévisageait. Pour une fois, il était en fait presque discret.
J'allai avec Martine pour chercher Lucas et je le pris aussitôt dans mes bras. Il était tellement beau ! Je le câlinai et le faisais beaucoup rire. Avec moi, il fit encore son numéro de charme, ce qui plût moyennement à son père. Sébastien nous proposa alors de nous asseoir au salon pour discuter. J'acceptai à contrecoeur, n'ayant pas du tout envie d'être confronté à Olivier.
« Je pense que des présentations s'imposent : Olivier Richard, Scarlett Charmet... Olivier est un de mes collègues, Scarlett. Je suppose que tu sais très bien qui est Scarlett, Olivier.
– Oui, oui. Et en effet, je travaille avec Sébastien, et non pas pour Sophie. »
Je détournai les yeux une seconde, puis relevai son défi.
« Oh ! Vous êtes médecin alors ?
– Pas vraiment... En fait je suis propriétaire de l'hôpital et je me charge de sa gérance, pas des malades comme Sébastien. Sophie était en fait ma compagne... »
J'étais gênée. Je n'ajoutai rien, mais j'étais frustrée. Je me penchai alors sur le bébé et jouai avec lui.
« Francie, les affaires vont toujours bien, au fait ? m'interrogea Martine. J'ai été à ton magasin mercredi dernier et j'ai encore trouvé des petites merveilles pour Lucas, mais je ne t'y ai pas trouvée, ta secrétaire m'a dit que tu étais sortie pour une conférence.
– Oui ! Je suis assez prise ces temps-ci...
– Francie ? Je croyais que...
– Oui, c'est comme ça que je m'appelle, mais plus personne ne m'appelle comme ça, à part Martine, mes parents et... Un ami.
– D'accord...
– Ah oui, c'est vrai que tu revois... Comment s'appelait-il déjà ? Ah ! M. Clarance ! Frédéric, oui.... !
– Voyons, nous ne sommes pas là pour parler de mes anciennes amours, Martine !
– Oh, excuse-moi ! Mais il me semblait que tu le voyais ces temps-ci... Je croyais que... Vous étiez de nouveau ensemble !
– Non, non. Ce n'est pas ça du tout ! D'autant plus qu'il est fiancé ! »
J'essayai d'être la plus naturelle possible, mais j'avais l'impression d'être plus fausse qu'autre chose, d'autant plus qu'à cet instant, Olivier me fixait de ses yeux perçants...
La soirée se passa plutôt bien, malgré quelques sous-entendus d'Olivier, qui me mirent malgré tout bien mal à l'aise. Sébastien sembla se poser des questions sur le moment, mais ne dit rien et ne revint pas dessus.




